[et_pb_section admin_label= »section » transparent_background= »off » background_color= »#ffffff » allow_player_pause= »off » inner_shadow= »off » parallax= »off » parallax_method= »off » padding_mobile= »off » make_fullwidth= »off » use_custom_width= »off » width_unit= »on » make_equal= »off » use_custom_gutter= »off » custom_padding= »0px||0px| » custom_padding_phone= »0px|0px|0px|0px » custom_padding_last_edited= »on|phone »][et_pb_row admin_label= »row » make_fullwidth= »on » use_custom_width= »off » width_unit= »on » use_custom_gutter= »on » padding_mobile= »off » allow_player_pause= »off » parallax= »off » parallax_method= »off » make_equal= »off » parallax_1= »off » parallax_method_1= »off » column_padding_mobile= »on » custom_padding= »0px|0px|0px|0px » custom_margin= »|0px||0px » gutter_width= »1″][et_pb_column type= »4_4″][et_pb_text admin_label= »Texte » background_layout= »light » text_orientation= »left » use_border_color= »off » border_color= »#ffffff » border_style= »solid » text_line_height= »1.6em » custom_margin= »15px|0px|0px|0px » custom_padding= »0px||0px| »]
Etrange ! Ses parents habitaient près de chez nous et nous allions dans la même école. Nous avions passé de nombreux moments les uns chez les autres. Afin de lui permettre de me situer, après avoir évoqué sa sœur jumelle, je lui demandai des nouvelles de sa famille. Elle me parla longuement des uns et des autres avec précision. Elle n’avait donc pas perdu la tête ! J’essayai d’évoquer la mienne.
– Tu ne te souviens pas ? Lorsque tu étais infirmière, tu venais prendre des repas chez nous.
– Oui, je m’en souviens très bien ! Je me souviens de l’oncle François et de la tante Jeanne, mais je ne me souviens pas de toi !
J’étais d’autant plus surprise qu’à l’époque, de nature pourtant secrète, elle m’avait confié ce sentiment de bonheur, de plénitude qui l’inondait pendant les gardes de nuit à l’hôpital. Elle en aimait surtout le silence. Seule au milieu des malades endormis ou souffrants, elle avait senti monter l’appel de Dieu.
-Tu n’as jamais regretté ton choix ? ai-je demandé à la vieille femme qui serrait sa canne entre des mains encore belles et fines.
Elle protesta d’un jet :
– Ce n’est pas moi qui L’ai choisi, c’est Lui qui m’a choisi !
Réponse qui me laissa perplexe, elle continua :
– J’ai fait une leucémie, il y a quelques années. La chimiothérapie a peut-être endommagé mon cerveau ! Mais je me souviens de ta famille.
Je m’en voulais un peu de rompre le silence qu’elle s’était choisie. Cependant, puisqu’elle avait accepté de me voir je poursuivis et je citai mes nombreux frères et sœurs, en comparant les âges avec les siens. Elle se souvenait de mes frères. Pour une religieuse cloîtrée qui avait fait le vœu de ne pas voir d’autre homme que le médecin de la communauté, je trouvai cela un peu étrange.
(à suivre)
[/et_pb_text][/et_pb_column][/et_pb_row][/et_pb_section]

La sœur tourière et moi avons gravi toutes les deux un escalier de pierre, en haut duquel nous avons franchi une vaste porte de chêne fermée à clé. Encore quelques couloirs et elle m’introduisit dans une petite pièce dont le fond était fermé par une grille en fer forgé. Derrière la clôture je vis arriver ma cousine clopin clopant vêtue d’une robe de bure noire. Encadrant un visage émacié, quelques rares cheveux blancs dépassaient de sa coiffe de nonne. J’avais quitté une jeune fille athlétique et blonde, je retrouvais une vieille femme chenue.
Nous nous sommes donc dirigés vers le Mont Blanc. Son prisme grandiose semblait nous montrer le chemin. Après un café au soleil dans le village du Reposoir, et quelques virages dans la forêt, nous avons découvert le Carmel, solidement implanté au pied de la muraille des Aravis. Comme aspirés par l’étrangeté du lieu, nous avons commencé la visite du monastère, du moins celle du cloitre et de la chapelle, lieux austères sublimés par la prière et la méditation. Sur le côté du chœur, une grille séparait les laïcs des nonnes. En sortant, nous nous sommes arrêtés dans la boutique tenue par une sœur tourière.
Bernard et Nelly nous avaient proposé une visite du Carmel du Reposoir, à deux pas du col de la Colombière étape incontournable du Tour de France. Ils ne pouvaient pas savoir qu’une de mes cousines en avait définitivement franchi la porte plus de cinquante ans auparavant. A l’époque, nous étions assez proches. Je ne l’avais pas revue depuis. Elle vivait donc à 1500 m d’altitude, cloîtrée, à peu près sans contact avec le monde. Il y a longtemps déjà, sa sœur jumelle, m’avait raconté qu’elle avait frappé à la porte du Carmel, mais que la religieuse avait refusé de la voir du fait qu’elles s’étaient déjà rencontrées l’année précédente.