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CHRONIQUES

Au fil des semaines

  • Gabrièle, Valère Novarina

    par

    Martine de Rosny

    |

    3 février 2026

    Mon four est réparé ! Gilles, Julien et Thomas se sont activés dimanche pour remplacer les résistances. Un travail délicat qui demandait des outils spécifiques. Trois générations réunies dans l’atelier ! Une cuisson de rodage est en route. Normalement dès ce soir, je commence à enfourner les pièces accumulées ces dernières semaines.

    La semaine dernière, j’ai eu la visite de Gabrièle (5 ans) et de sa mère. L’enfant, d’habitude plutôt calme, émoustillée à la vue de l’atelier, des peintures et des céramiques, ne tenait pas en place. Sa mère étant elle-même artiste, l’enfant posait des questions pertinentes, me bousculait, sautait sur le divan avec une énergie au-dessus de la moyenne. Cela m’a rappelé le même âge chez mes enfants. En riant, j’ai dit à Claire :

    — J’en fais encore des cauchemars !

    On peut se demander pourquoi les femmes sont rares sur les podiums de la célébrité. Les réponses sont nombreuses, j’en avais une sous les yeux. Il y faut une disponibilité inaccessible aux mères de famille accaparées par leur progéniture. Une fois encore, je n’ai rien regretté. Il me semble souvent que l’art contemporain est déconnecté de la vie, même dans ses sujets de société. Que sait-on de la vie quand on n’a pas élevé soi-même des enfants ?

    Claire a répondu :

    — J’imagine ce que tu vas raconter du passage de Gabrièle !

    Elle riait de bon cœur.

    J’ai appris le décès de Valère Novarina par une petite annonce du Monde.

    Valère Novarina, dramaturge reconnu (joué de son vivant à la Comédie française) et peintre, était depuis son enfance un ami de Marie. À Thonon-les-Bains, leurs parents avaient déjà été proches. Marie l’a accompagné tout au long de sa vie personnelle comme de sa vie publique. Je lui ai envoyé aussitôt un message.

    L’œuvre de Valère m’a toujours laissée perplexe. Un torrent de phrases pouvant passer pour inintelligibles si une liesse étrange ne surgissait parfois de cette profusion. La joie des mots. Je crois avoir déjà évoqué la litanie des fleuves côtiers français qui m’avait fait monter les larmes aux yeux au théâtre des Champs Élysée.

    Entre autres événements publics, durant la semaine sainte, il avait été mandaté pour une conférence à Notre-Dame de Paris. Je l’avais vaguement écouté à la radio, peu sensible par nature à sa métaphysique.

    J’ai su hier par Nicolle que ses obsèques avaient eu lieu cette semaine. Elle avait suivi avec Pierre et Marie les cérémonies à l’église Saint Roch, puis au cimetière de Bagneux

    Pour ma part, les rares fois où j’ai rencontré Valère Novarina, je crois ne l’avoir jamais vu sourire et très peu entendu parler, de sorte que je m’étonnais de la vénération qu’il suscitait. Je me souviens que pour une avant-première au théâtre du Rond-Point, il avait eu besoin d’un bâton de berger grec, une longue tige se terminant par une crosse en enroulement. Marie et Julian avaient remué ciel et terre pour trouver cet objet rare. Lorsqu’ils sont arrivés au théâtre, en avance et en sauveurs, quatre bâtons de berger grec les avaient précédés apportés par d’autres fervents admirateurs.

    Il obtenait de ses comédiens des efforts de mémoire colossaux. Je me souviens, il n’y a pas si longtemps, d’une comédienne du Français récitant une sorte de catalogue botanique. Comme je lui disais que j’en connaissais plus ou moins l’auteur, elle m’avait répondu sur un ton extasié qu’elle avait mis des mois à l’apprendre.

    Pourtant, Nicolle m’a dit au téléphone :

    — Valère n’a jamais été un bon communicant !

    Il est mort un an jour pour jour après le décès de son épouse. Il avait demandé à être enterré à côté d’elle dans le carré juif de Bagneux.

    Ayant dîné avec lui cet automne, Nicolle avait lu dans son regard qu’il lui disait adieu. Elle me raconta que la cérémonie s’était déroulée en présence de Macron dans une église remplie. On avait lu ses textes. Ils s’étaient retrouvés ensuite entre intimes au cimetière de Bagneux où le rabbin avait fait un discours d’une grande finesse.

    En fait, bizarrement, je n’avais pas lu l’annonce de ses obsèques, je les aurais accompagnés.

    Un fond de regret m’a envahi de cette occasion ratée, d’autant plus que David, David Azuz, m’avait fait promettre de venir me recueillir sur sa tombe, justement dans le carré juif de Bagneux. Ce cimetière est énorme, son accès difficile, et plus le temps passe, moins je me sens le courage d’affronter cette expédition.

    Gilles m’a consolée, à sa façon :

    — Là où il est, il ne t’en voudra pas !

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