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ARTISTE & ÉCRIVAIN

NEWS

  • Semaine du 21 au 28 avril 2026

    Ouverture, puis fermeture du détroit d’Ormuz.

    Le muguet du 1er mai est en avance.


ŒUVRE RÉCENTE

  • Les trois arbres, détail

    Arrivée du printemps. Céramique, détail, 100 x 25 cm

Céramiques
Exposition Macon

CHRONIQUES

Au fil des semaines

  • Vacances de printemps

    par

    Martine de Rosny

    |

    21 avril 2026

    Le bouquet de muguet que Gilles a rapporté de la rue Montorgueil embaume dans tout l’appartement. Il a dit :

    — C’est un peu prématuré, mais il risque ne plus y en avoir !

    Le changement climatique accélère la floraison de cette fleur emblématique du printemps. La vente traditionnelle du premier mai peut ne plus être assurée. Quinze jours d’avance, cette année ! Le coup de chaleur d’il y a quinze jours les a fait sortir trop tôt.

    Les vacances scolaires de la région parisienne démarrent. Autrefois, elles coïncidaient dans toute la France avec Pâques. Désormais et depuis très longtemps elles sont fixées en trois zones se chevauchant les weekends, ce qui permet aux vacanciers de se succéder dans les lieux touristiques et de se croiser sur les routes. Elles n’ont plus de rapport avec les rites religieux de notre enfance.

    Pâques est une fête mobile : le premier dimanche qui suit la pleine lune qui suit l’équinoxe. La date peut varier d’une année à l’autre durant le mois d’avril. Dans mon enfance, la semaine précédente, la semaine sainte, était infailliblement triste, mouillée et froide, à l’image des cérémonies religieuses du mercredi des Cendres, du vendredi et la mort de Jésus, du silence des églises. Le matin de Pâques, c’était le renouveau. De retour de Rome, les cloches tintaient dans le ciel limpide, après avoir semé des œufs décorés qu’on dénichait dans les endroits les plus invraisemblables. La semaine suivante nous semblait toujours douce et ensoleillée, c’était le temps des promenades dans les prés, des pâquerettes et des primevères, des coucous. Après tout, le temps peut résulter du choix cosmologique de cette fête printanière, mais le vieux dicton : Noël au balcon, Pâques aux tisons contredit mes impressions enfantines. Pourquoi se souvient-on davantage des bons moments ?

    Aujourd’hui, nos vies sont moins dépendantes du calendrier religieux. Le premier mai, c’est la fête du Travail, des défilés syndicalistes. La seule suggestion d’autoriser l’ouverture des magasins de bouche ce jour-là a suscité des protestations susceptibles de lancer de graves perturbations sociales. Le gouvernement a reculé. Seules les boulangeries resteront ouvertes.

    À propos de fleurs. Il y a plus de dix ans, je ne sais plus qui m’a offert à l’atelier une toute petite plante. Ses deux feuilles veloutées et rondes servaient d’écrin à une fleur à cinq pétales d’un bleu intense ponctuée en son centre par une petite boule d’un jaune intense. Elle avait quelque chose d’émouvant dans son étrangeté. Je la pensais éphémère et je m’en préoccupai d’autant moins que je ne pouvais pas l’arroser aussi régulièrement que les géraniums de l’appartement.

    Je l’avais placée devant une vitre derrière le voilage. Elle survécut. Elle resta fleurie pendant plus d’une semaine, fabriqua une nouvelle feuille et refleurit quelques semaines plus tard. Trois, puis quatre fleurs, etc., tous les deux mois ou trois mois, après des floraisons de quelques semaines, elle se reposait un peu et repartait pour sa palette de bleu à petits points jaunes. Avant de nous installer à Tougin pour quatre mois, je l’ai confiée à David Azuz. Sans trop d’espoir, lui-même allant souvent sur la côte normande.

    En septembre, à ma grande surprise et je ne sus comment le remercier, lui et Bory, je l’ai retrouvée en pleine forme. Elle continua toute l’année à grandir et à fleurir, retourna chez David l’été suivant, toujours aussi alerte. Elle avait triplé de volume et je lui ai offert un pot plus vaste. En fait, il s’agissait d’une racine qui a fini par émerger de la terre derrière les feuilles. Elle trône maintenant dans le salon de l’appartement toujours plus belle et toujours tolérante à mes oublis. Je dois ajouter que Maria veille sur elle comme la prunelle de ses yeux.

    Il est probable que je l’ai déjà évoquée. Je crains parfois de me répéter.

    Mais cette plante qui refleurit sans cesse mérite d’y revenir. Elle me console lorsque mon pessimisme naturel gagne du terrain.

    C’est une délicate preuve de la force de la vie.

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