
Dernière semaine à Tougin. À l’anniversaire de Laura et Nick, beaucoup de collègues de Laura. Elle dirige la section anglaise du lycée de Ferney, un enseignement de haute qualité payé par les parents. Ces sections, anglaises, italiennes, allemandes et espagnoles aux entrées sélectives valent à l’établissement son nom de lycée international. Leurs élèves sont pour la plupart des enfants de fonctionnaires internationaux de Genève, en particulier de physiciens du CERN. Pour certains, lauréats du prestigieux concours général.
Quinze jours auparavant lors de la fête des voisins sous les arbres du square, une nouvelle venue s’était jointe à nous. Professeure de français au même lycée de Ferney dans le fonctionnement général, elle nous raconta une toute autre histoire. Classes surchargées, élèves ingérables, bâtiments délabrés, livrée à elle-même, elle ne parvenait pas à intéresser ses élèves et frisait la dépression.
C’est ainsi qu’à notre retour à Paris, la flambée de violence qui a envahi des centaines de lycées, incendies, tirs aux mortiers d’artifice contre les forces de l’ordre ne fut pas vraiment une surprise. Un bilan très lourd : 1 949 interpellations, 305 policiers et gendarmes, 20 proviseurs blessés, 215 élèves blessés. Plus de 400 lycées fermés. Les blackblocks, alertés par internet ont profité de l’occasion pour se livrer à leurs exactions habituelles. Et ce n’est pas fini, malgré la prise de conscience du gouvernement.
Le feu couvait depuis longtemps. Au dernier classement PISA de la qualité de l’enseignement dans le monde mettait la France au 27e rang. Les pays asiatiques en tête, l’Europe à la traîne.
Notre économie n’aurait-elle plus les moyens de mieux payer les professeurs, de rénover les bâtiments ?
Le malaise est profond. Faire un choix budgétaire devant tant d’urgence : l’éducation, la justice, la santé, l’écologie, la défense du territoire quand les dépenses sont en forte hausse alors que l’économie est en berne ? Tous ont un besoin vital de faire appel à l’État quand tout augmente, surtout l’essence du fait des guerres, que la sécheresse continue de faire des dégâts dans toute l’Europe
Le gouvernement craint une révolte généralisée et destructrice.
Quel contraste avec la visite officielle du pape en France quelques jours auparavant ! Une plongée de Léon XIV dans la foule de Paris. Tout paraissait si facile pour les millions de participants. La communion des 600 000 catholiques réunis sur les Champs-Elysées fut l’apogée d’une organisation au cordeau. Le stade de France bourré pour une veillée de prière. Des vêpres à Notre-Dame après une déambulation du pape en papa mobile rive gauche.
Ce pape au sourire ferme et humain vêtu de blanc bénissant la foule et les bébés que le service de sécurité portait à ses lèvres. La joie du monde chrétien autour de son chef, à la télévision pendant des heures, avait quelque chose d’irréel.
Ses nombreux discours n’ont pas esquivé les problèmes du monde et le fléau des exactions sexuelles dans l’église, mais tellement perdus derrière les images de foule en liesse, comme pour jeux olympiques ou les succès en match de foot, que nous ne savions trop qu’en penser.
J’ai eu des échos des participants par le groupe WhatSaap de l’immeuble de mon atelier. Des familles avec enfants réunies autour de l’église voisine. Il faut leur reconnaître un courage, une solidarité, des facultés de dialogue pour atténuer les problèmes de voisinage exceptionnelles.
Ils ont remplacé les habitants viellissant d’autrefois. Aujourd’hui, l’immeuble vibre de rires d’enfants, de conversations dans les couloirs. On se dit bonjour. Une copropriété efficace, chacun apportant ses compétences.
Pourquoi cette gêne, ce fond de réticences en face de ces tableaux idyllique ? Pourquoi ?




