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Comment était-ce possible ?
Il y a longtemps que je t’aime, jamais je ne t’oublierai…
Couplet après couplet, la chanson délivrait sa poésie.
Chante, rossignol chante, toi qui as le cœur gai…
Comme j’étais loin de l’image teutonne et soviétique, véhiculée par les défilés militaires à la gloire du marxisme léniniste ! Les enfants ne se doutaient pas que derrière eux, une oreille française vibrait à cette réconciliation franco-allemande. Honteuse de ne pas me souvenir des paroles, j’ai préféré ne pas me découvrir…
Le train s’arrêta au terminus et je cherchai du regard les responsables censés m’attendre pour me conduire à l’hôtel. Personne sur le quai, personne dans la gare ! Qu’à cela ne tienne. J’ai présenté l’adresse sur un bout de papier à un taxi qui m’a déposée devant la porte. Comme je posai le pied dans le vestibule, une jeune femme s’est jetée sur moi et d’une voix oppressée m’a lancé dans un français parfait :
– On vous cherchait partout ! D’où venez-vous ?
Ma réponse la sidéra.
– Votre passeport était déposé à une autre frontière !
Je lui racontais l’attente interminable sous les miradors et la poursuite du train. Elle courut derrière le comptoir et se saisit fébrilement du téléphone. Une conversation rapide s’ensuivit. Questions. Exclamations. Elle semblait parler à un supérieur. Elle s’apaisa enfin, et se dirigeant vers moi :
– Les autres congressistes sont arrivés, je vous conduis à votre chambre.
Une chambre des plus sommaires, un petit lit dans un coin, des murs nus.
– On se retrouve en bas dans une demi-heure.
(à suivre)
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Au petit matin, changement à Karlmarxstaad dans une gare évoquant l’après-guerre de mon enfance : entrepôts délabrés, bâtiments en ciment noirci, peinture écaillée. Cette usure semblait hors du temps, comme stabilisée par un fonctionnement à la fois pragmatique et efficace. Je suis montée accompagnée d’une nuée de travailleurs dans un tortillard en direction de Dresde. Personne dans la voiture ne remarquait ma présence. J’étais pourtant vêtue à la manière occidentale de l’époque, vareuse à gros boutons et pantalon pattes d’éléphant. Fatigue matinale ou volonté de ne rien voir ? Une zone industrielle a défilé devant ma fenêtre, antédiluvienne, la fumée sortait de hautes cheminées noires de suie, les usines en briques désagrégées et ferrailles rouillées fonctionnaient comme par une routine déconnectée du temps.
A la demande de Laure…
Retour sur septembre, la foire de Crête (suite et fin)
Sous une tente abritée du soleil, à deux pas des volailles et des cochons, plusieurs dizaines de paysans, casquettes sur la tête discutaient de leurs productions, des prix, des soucis communs, des bonnes histoires de l’été, avec passion mais sans effusions. Visages longs ou ronds, sérieux ou rieurs, nez et bouches aux formes marquées, corps râblés ou longilignes, droits ou voutés, ils échappaient avec truculence à l’uniformisation citadine.
Nous avons obéi à la tradition qui veut qu’on se disperse pour déambuler dans la foire en toute indépendance. Nous nous sommes donc laissé couler dans le flot. Sous les tentes colorées ou à même le sol sur des tréteaux s’étalaient des objets hétéroclites le plus souvent destinés aux paysans de la montagne. Difficile de deviner l’usage de certains ustensiles, de certaines machines ! Leur point commun ? Une solidité à toute épreuve, pas de chichis, pas de plastique, mais du bois et de l’acier pour les couteaux, de la corde de chanvre, du fer galvanisé haute qualité, tout à l’avenant. Les marchands ne faisaient pas l’article, ils n’en avaient pas besoin. Le produit parlait pour eux. Nous en avons profité pour acquérir deux couteaux de cuisine, les nôtres, vieux de cinquante ans avaient tendance à branler du manche.
Vous voulez acheter une vache ? Il vous la faut de caractère paisible, mamelles volumineuses et abondamment veinées, ses pis ne doivent surtout pas traîner par terre. Ne pas négliger leur forme afin qu’ils soient adaptés à votre machine à traire.
Le vent de côté était favorable à un départ tranquille, sans changement de bord devant la ligne.
Des grappes de costauds tiraient sur les drisses. Chaque équipage avait sa couleur, vert émeraude, bleu outremer, rouge vermillon, couleurs qui mettaient en valeur leur cohésion.
Nous avons attendu la vedette devant les terrasses clairsemées de Port-Grimaud, la foule s’étant concentrée à Saint-Tropez. Le soleil chassait peu à peu la fraîcheur de la nuit et cette journée d’automne s’annonçait magnifique.