• Incendies. Les enfants à Tougin

    Juste quelques mots.

    Gaël est parti. Il est rentré en train à Nogent. Il continue le lendemain vers Vichy où ses parents ont une maison de famille, avec l’intention de faire des randonnées en vélo avec son père. Quand on dit que les adolescents sont passifs et se lèvent tard, ce n’est pas le genre de Thomas et de ses amis !

    Julien est arrivé dans la nuit de vendredi en passant par le Jura, bien content de trouver un peu de fraîcheur, de se baigner dans le Léman. Ce matin, une pause café à la buvette du loueur de paddle, la peau caressée par la brise !

    Oui, la canicule s’est réinstallée sur la France. Comment la nature va-t-elle réagir à cette chaleur, à cette sécheresse ? Les incendies qui ravagent des dizaines de milliers d’hectares se succèdent sans relâche, attisés au sud par le mistral. Les spécialistes pensent que ce n’est qu’un début, ils prédisent des températures estivales de 40° devenues habituelles.

    Ici, pour le moment, le climat demeure supportable, à condition de fermer la maison aux heures chaudes. Les nuits restent fraîches, il faut même se couvrir au petit matin.

    Les feux d’artifice du 14 juillet ont été annulés, par décision de la préfecture. Il a plu des trombes d’eau avant-hier et le risque d’incendie était quasi nul à Gex.

    C’est bien dommage pour Ève et sa famille qui font chaque année le pèlerinage sur les hauteurs de Vesancy pour voir scintiller dans la nuit le pays de Gex et la couronne française du lac. Ils se réjouissaient de partager ce spectacle avec Julien et Thomas, leur frère et cousin.

    La bande de garçons et leurs parents peaufinent des plats — les Grenoblois étaient arrivés avec une tarte à la rhubarbe — et une bonne odeur me chatouille les narines. Ce goût de cuisiner n’existait pas autant dans ma jeunesse. On avait juste quelques plats classiques pour les fêtes, les fruits et légumes de saison se succédaient sans beaucoup de préparation.

    Il faut dire qu’on va fêter mon anniversaire ce soir, en avance de deux jours. Julien doit repartir demain. Il lui faut être sans faute à Rennes le 15 pour une habilitation à diriger les recherches.

    Il vient d’apprendre que la forêt de Fontainebleau est en feu et l’autoroute coupée.

    Gilles et moi ne les suivont plus dans leurs promenades, contents d’en profiter pour faire des siestes salutaires.

    J’ai retiré trop tôt le plastique sous la céramique des colverts, elle a ripé sur le bois de la tournette et s’est cassée en plusieurs morceaux, mais j’ai pu les recoller après les avoir réhumidifiés. Je continue une paroi rocheuse avec grimpeurs oiseaux et chamois.

    Pour le moment le village est très tranquille. Beaucoup de ses habitants sont partis en vacances. Mais à la fête de Jon, plusieurs m’avaient dit :

    — On part quelque temps, mais on restera le reste de l’été à Tougin. C’est encore là qu’on est le mieux 


  • Thomas et Gaël

    Les garçons sont partis faire la via ferrata de Fort l’écluse. Une via ferrata aménagée dans l’ancien fort militaire qui défendait le passage du Rhône, à l’entrée de la région lémanique. Il s’élève sur 300 m à pic sur le versant sud du Jura. Construit au XIXième siècle, à moitié enterré, ses murs, ses voûtes et ses cours ont été aménagés et font régulièrement le bonheur de nos petits enfants.

    J’espère qu’ils n’ont pas souffert de la chaleur (au retour, ils m’ont rassurée, enchantés de leur parcours, ils s’étaient fait ouvrir une grille habituellement fermée, une aventure de plus).

    Les garçons : Thomas et Gaël, 16 ans. C’est la quatrième année qu’ils viennent à Tougin. Désormais adolescents, c’est toujours avec enthousiasme qu’ils organisent des ballades, qu’ils concoctent des occupations variées. Pour le moment, ils peaufinent leurs plongeons depuis le ponton de la plage de Mies.

    Ils font les courses et la cuisine : salade césar, gnocchis, pâtes à la carbonara, tarte au flanc. Ce soir, on mange les restes. Ils prévoient large !

    Le soir, scrabble et discussions interminables. Qu’est-ce que ce que ça réfléchit à cet âge ! Tous les sujets sont bons. La veille de leur départ, ils ont passé leur oral de français. Ils ne sont pas contents. Julien, le père de Thomas a dit :

    — Ça ne veut rien dire ! Les réactions des examinateurs ne sont pas interprétables. Et de toute façon, ça leur apprendra les aléas des examens.

    Eux disent avec humour :

    — Plus que trois jours… on se débrouillera pour ne pas savoir les résultats tout de suite !

    — D’ailleurs l’application va être saturée !

    Ils sont très différents, c’est leur charme. L’un est plus intello et l’autre plus sportif, tous deux l’un et l’autre. Un plaisir !

    Gilles me dit :

    — Ils nous réveillent !

    En effet ! Hier, les questions tordues d’un jeu suivi de réflexions sur la philosophie, associé au match de foot Espagne-Portugal, gagné par l’Espagne 1-0 !

    Parfois, on ne les comprend pas tant ils parlent vite.

    Ce soir, ils vont nous aider à poser le store du velux du salon, Le soleil brille depuis notre arrivée. La température doit s’élever en fin de semaine, on nous annonce encore des orages. Jusqu’à présent, ils ont éclaté autour de Tougin sans nous mouiller. Heureusement qu’il a beaucoup plu durant le printemps, le sommet du Jura est encore vert.

    J’attends un grand format de papier carton que Julien va apporter en voiture pour recommencer à peindre. D‘ici là quelques modelages. Par ce temps, la terre sèche vite et le temps de travail rétrécit. J’ai retrouvé avec plaisir mon piano et ses partitions, je joue surtout quand la maison est vide.


  • Anniversaire de Jon. Séisme au Vénézuela

    Il fait moins chaud qu’à Paris, mais tout de même…

    Les nuits sont assez fraîches, mais dans la journée, difficile de supporter les 32°. On reste dans la maison et il faut éviter de s’amollir, et même de s’ennuyer. Pas si facile !

    J’ai démarré un peu de céramique, des colverts. Je n’aime pas ces oiseaux, mais ils volent. Ils ne sont pas enfermés dans une maison silencieuse dans un village désert.. Les bruits de Paris me manquent.

    L’autre nuit, vers deux heures quand je suis allée ouvrir les fenêtres du bas, une chauve-souris tournait dans la cuisine, elle était entrée par le velux du toit. Elle savait ce qu’elle faisait. Cavernicole, elle se dirige au radar et aux courants d’air. Le matin elle était partie par où elle était venue.

    Nous nous baignons le matin après le petit déjeuner. La plage est tranquille, l’eau agréable, mais déjà plus très fraîche. Un été exceptionnel ! Espérons qu’il l’est, exceptionnel. Rien n’est moins certain ! On nous annonce des orages qui ne viennent pas. Le climat du sud de l’Espagne.

    Je lis sur le fil de l’immeuble de mon atelier que les Parisiens souffrent bien davantage, 40° depuis 15 jours ! Sophia n’arrive pas à faire dormir sa petite fille de 6 mois.

    Nous sommes allés dans le nouveau complexe de cinéma de Gex. Trois salles qui passent des films d’art et d’essai, des documentaires. Nous avons vu Mes trois sœurs. Pris sur le vif, caméra fixe, la vie de trois petites filles, leur enfance 4-7 ans, leur adolescence jusqu’à l’âge adulte, dans l’Iran des dernières années avant les frappes américaines, un film qui m’a fait penser à Daria et ses deux sœurs.

    De retour de la plage, je m’aperçois qu’on est mardi. Juste le temps de compléter.

    Samedi, Jon Bastow, le nouveau propriétaire de la maison Péaquin, en face de chez nous, a fêté ses soixante ans. Sur la quarantaine de personnes, nous n’étions pas nombreux à parler français. Beaucoup de fonctionnaires internationaux. Taille moyenne 1,90 mètre, tous anglais, écossais, irlandais. Jon avait réuni son orchestre, les Gex Pistols, lui à la guitare électrique. Très sympathique, mais quel boucan ! Je m’en méfiais et je lui avais gentiment demandé dans l’après-midi de ne pas abuser de la sono. Il en a peut-être tenu compte, mais je ne m’en suis pas aperçu !

    J’ai dû partir assez tôt, mes oreilles bourdonnaient et je devenais sourde. Dommage ! Nous étions bien dans son jardin, à boire du champagne et à bavarder avec les amis du village que nous n’avions pas vus depuis notre arrivée, à discuter avec ces Britanniques tous assez originaux, surtout Peter, dont je vous reparlerai sûrement une autre fois.

    Le père de Jon, vénérable britannique entouré d’une petite cour, au courant de ma demande, avait lancé quand je suis venue le saluer :

    — Only once !

    Et j’avais compris que cela allait être costaud ! Nick qui joue du piano est parti avant moi.

    Je me suis réfugiée dans la chambre de derrière, fenêtre à double vitrage. Décidément les murs épais des vieilles maisons ont du bon contre le bruit, et la chaleur !

    Oui il fait encore chaud ! On nous annonce des orages, mais ils tourniquent autour de nous sans éclater. Les nuages du blanc boursouflé au noir d’encre glissent le long du Jura, se répandent sur les Alpes, mais pas chez nous.

    Comment ne pas penser aux victimes du séisme qui a frappé le Venezuela. 50 000 disparus ? Un pays déjà éprouvé par le désordre politique.

    Cueillons d’autant plus les instants d’amitiés, la beauté du lac et de la montagne.

    La nature est là qui t’invite et qui t’aime ! Alphonse de Lamartine.

    Préservons-la !


  • Cessez le feu. Canicule

    Quand je me relis, je vois les périodes de chaleur se succéder de plus en plus nombreuses. Celle de fin mai avait déjà un caractère exceptionnel par sa précocité. Celle qui sévit en ce moment n’a pas eu de précédent.

    Je me souviens de m’être inquiétée pour Ève, elle avaitune vingtaine d’années à l’époque et participait à la restauration de vieilles demeures dans le midi par une température de 32° Or, depuis plusieurs jours, à Paris, le thermomètre est monté jusqu’à 39°. Des records atteignent 43°- 44° dans certaines régions du centre ouest de la France. Et ça dure ! Personne ne sait quand ça va s’arrêter.

    Le changement climatique auquel personne ne croyait malgré les alertes des glaciologues, des marins dans les mers australes, des données météorologiques et de tant d’autres indices est désormais une réalité à laquelle il faut s’adapter.

    A l’origine, nous avions décidé d’aller à Tougin le 5 juillet. Nous avons changé nos billets pour le 26 juin. Nous venons encore de changer pour mardi prochain et tant pis pour le concert que je me réjouissais d’aller écouter chez Chantal : des romances de Clara Schumann, la fameuse sonate piano-violoncelle de César Franck. On nous annonce encore trois jours à 39°- 40°. C’est trop ! Même s’il fait chaud à Tougin, le vent de la montagne rafraîchit les maisons durant la nuit.

    Aujourd’hui, c’est fête de la musique ! Tout à l’heure, deux camions à plates formes décorées à la brésilienne transportaient des « musiciens » et des baffles qui faisaient vibrer l’immeuble entier. Ils se sont arrêtés dix minutes sur la place des Victoires. J’ai jeté un coup d’œil par la fenêtre. Il n’y avait pas grand monde sur le trottoir et la place était déserte. Chaque année c’est la même chose. Je regrette la musique de rue du début, sans amplification.

    La fête a failli être annulée à cause de la chaleur. Finalement autorisée, elle est étroitement surveillée et les cafés n’ont pas le droit de servir de l’alcool.

    Nous partirons mardi vers midi. Ce n’est pas prudent, les rails et les caténaires sont surchauffés et les pannes de train nombreuses. Une annonce déconseille aux personnes vulnérables de voyager, la SNCF se jugeant incapable d’assurer une sécurité à cent pour cent. C’est surtout la portion du trajet Paris-Mâcon qui pose problème. Elle nous paraîtra longue. Tant pis ! Pour le moment rien n’indique que la température va baisser. Nous n’aspirons qu’à des nuits fraîches et à des bains dans le Léman !  

    Après le G7 d’Evian, très sécurisé et médiatisé (amusant de voir des lieux familiers à la TV !), Donald Trump a triomphalement annoncé un cessez-le-feu avec les Iraniens alors que tout indique une défaite. Pour libérer le détroit d’Ormuz, il est prêt à des concessions majeures.

    Il a choisi la galerie des Glaces de Versailles pour signer. Son goût du faste atteint des proportions inimaginables quand les Pères fondateurs s’opposaient aux royaumes absolutistes de la vieille Europe et à leurs dorures.

    Aujourd’hui, bien que fragilisée par l’extrême droite, c’est sur l’Europe que reposent les valeurs d’humanisme que les Américains étaient venus défendre en 44.

    Hier soir une chaleureuse et délicieuse fête de fin d’année de théâtre chez Dani dans son appartement au-dessus des Champs-Elysées.

    La caverne du Pont-Neuf a fini par ouvrir au public. Nous n’avons pas eu le temps d’y mettre le nez. Dommage ? Nous sommes passés devant avec le taxi en allant gare de Lyon. Enserrée dans des cordages, elle n’avait plus l’air de rien. Tout ça pour ça ?

    Deux jours ont passé, il fait chaud. Nous bouclons les valises et ce soir nous serons à Tougin. Une autre vie !


  • Métro. Malakoff

    En ce début d’après-midi, je vais à l’atelier. Le métro est à moitié plein. Une jeune femme, chevelure brune bouclée tombant sur les épaules, porte sur son dos dans une gaine noire une sorte de violoncelle en moins ventru. Elle est encombrée d’un sac à compartiments et cherche une place des yeux. Je me pousse sur mon strapontin. Elle s’assied avec quelques difficultés. Comme elle s’excuse, un peu effarée, je lui demande :

    — C’est une kalachnikov ?

    Elle sursaute et bredouille :

    — Oh, non ! Pourquoi vous me dites ça ?

    — Alors c’est un instrument de musique ?

    Elle me fixe de ses yeux sombres et se met à rire :

    — Je ne sais pas si je peux vous le dire.

    Comme je n’insiste pas, elle continue :

    — Je pars en opération ! Une opération de sauvetage. C’est mon équipement.

    Des images de secours me viennent. Elle me précède :

    — Je viens d’être appelée pour une intervention.

    Elle sort son téléphone. Elle me montre l’appel et la photo qui l’accompagne.

    J’ai du mal à comprendre. En regardant bien, je finis par voir une sorte de pigeon coincé sous une voiture.

    — C’est un canard, me dit-elle.

    À mon tour de sursauter :

    — Un colvert ?

    — Oui, on en sauve beaucoup !

    Pas de chance, les colverts sont ma bête noire ! Ils pourrissent nos baignades dans le Léman. Leurs crottes infestées de parasites remontent à la surface de l’eau, se fixent sur la peau et provoquent des démangeaisons.

    — Il y en a trop ! me suis-je écrié.

    Elle hoche négativement la tête comme s’ils étaient en voie d’extinction.

    Elle a touché un point sensible. Je ne supporte pas non plus ces milliers cormorans qui dévorent des bancs entiers de poissons, ni les goélands qui se jettent sur tout se qui se mange et se posent sur les toitures qu’ils couvrent de fientes. Je les mets dans le même sac que les moustiques et les méduses.

    À mon visage, elle voit que je ne suis pas tout à fait d’accord, elle s’attendait à des félicitations. Elle me dit :

    — J’ai suivi une formation. Ce n’est pas toujours facile et même parfois dangereux.

    — Vous êtes bénévole ?

    — Oui, comme dans toutes les associations de sauvetage.

    Un sourire et elle est descendue à Concorde.

    J’aime ces rencontres éphémères. « Bonjour, bonsoir. »

    Dui Thong et Laurent proposaient à Malakoff des mélodies sur le thème du voyage : Gounot, Fauré, Bizet, Chabrier…

    Métro, bus, on s’est retrouvé dans la proche banlieue. Petits immeubles, des pavillons, une ruelle. Nous nous sommes arrêtés devant une grosse maison bourgeoise du 19 ème siècle : Portail, perron, boiseries et céramiques, un petit jardin mangé par les arbres. Elle avait dû avoir belle allure ! Mais, derrière, à quelques dizaines de mètres une barre d’immeuble s’élevait sur une trentaine d’étages. Un mur de fenêtres ! Il fallait lever les yeux pour apercevoir les vastes terrasses de son sommet.

    Et ça a fait tilt dans ma tête !

    Mon passé a resurgi. Je me suis retrouvée des décennies auparavant, tout là-haut, dans l’atelier de sculpture de mon ami Jean Kiras, un grand espace vitré prolongé par une terrasse de plusieurs centaines de mètres carrés, en proue sur le vide, Paris et sa banlieue.

    Nous nous étions penchés vers le sol pour observer les minuscules maisons entourées de leurs jardinets et Jean nous avait raconté :

    — Je travaillais sur un très gros bloc de polystyrène expansé pour un pré projet. Un coup de vent l’a emporté. Il est tombé dans un de ces petits jardins et j’ai vu sortir le propriétaire, le regarder, lever la tête et tourner autour.

    — Tu as pu le récupérer ?

    — C’était trop compliqué. Je me demande ce qu’il a pensé !


  • Mort de Bernadette Chirac. La Caverne du Pont-Neuf

    L’annonce du décès de Bernadette Chirac a fait l’objet d’innombrables articles, reportages dans les journaux et chaînes de TV. Elle s’est éteinte à 93 ans. Malgré son éloignement de la vie publique, cette femme de caractère a laissé des traces dans la mémoire des français.

    Drôle de bonne femme ! Issue de l’aristocratie, elle avait épousé par amour contre l’avis de ses parents Jacques Chirac, fils d’instituteur, beau garçon, d’une ambition dévorante, son camarade de Science Po. « ce n’était pas qu’un mariage d’amour mais un mariage d’ambition » dira-t-elle plus tard.[15].

    Elle en a vécu de dur, un mari volage, sans cesse absent, une fille restée handicapée après une méningite, mais elle a toujours assurée. Elle a vécu au service de son mari jusqu’à son élection au conseil général de Corrèze, « le plus beau jour de ma vie » a-t-elle dit lors d’une interview.

    Claude, leur deuxième fille, jolie et dynamique, se fit remarquer dans les médias comme conseillère de communication auprès de Jacques Chirac, devenu maire de Paris, puis président de la République.

    Mais peu à peu, cette femme assurée de ses valeurs conservatrices, à la parole sans fard,  s’est fait une place dans le cœur des Français, surtout à travers ses œuvres caritatives : Les pièces jaunes et la maison de Solenn, la Fondation Pompidou, etc. Elle dirigeait d’une main ferme ses multiples activités en grande bourgeoise consciente de ses devoirs sociaux. Au dessus des contingences, elle échappa de justesse à des poursuites sur les « frais de bouche » de la mairie de Paris. A l’aise dans le secteur du luxe, LVMH, elle y avait ses entrées, tout en se ressourçant dans sa Corrèze. Une « grande dame » des temps jadis.

    Elle me fait un peu penser à ma mère, elle aussi fille de militaire.

    Si je l’évoque un peu longuement, c’est aussi parce que je l’avais croisée devant la Halle aux grains. Protégée par ses éternelles lunettes noires, elle arpentait la place d’un pas assuré. On sentait qu’il n’y avait pas intérêt à l’arrêter.

    Aujourd’hui, une femme de caractère cherche davantage à échapper au destin d’épouse et de bienfaitrice. Elle cherche sa place dans une société plus libre et responsable. Utopie ?

    J’ignorais même le nom de J. R., de cet homme à tout faire dans l’art et la communication. J’avais juste aperçu à la télévision un immense trompe-l’œil photographique autour de la pyramide du Louvre. J’avais juste compris qu’il lançait des messages un peu comme l’anglais Bansky sur les murs des villes. J’avais vaguement remarqué cet homme caché derrière sa barbe, ses lunettes noires et son chapeau, un peu énervant par son côté insaisissable et j’avais détourné les yeux. Je n’aime pas trop les messages tonitruants, je préfère la poésie de Bansky.

    C’est ainsi que voyant le pont Neuf bouché pour un mois, même aux piétons, que j’ai vu la construction de cette immense installation, je me suis un peu énervée. Je devais faire un grand détour pour aller à l’atelier théâtre des Grands Augustins.

    Quand ce fut fini, vue du Pont-au-Change, cette montagne de roche qui surgissait sur le grand bras de la Seine était tout de même impressionnante ! On allait rouvrir le pont aux piétons, invités à le franchir dans une grande caverne. J’attendais de voir. J’ai presque pardonné à J.R. les crampes de mes jambes trop sollicitées par le détour. Je ne devais pas mégoter, c’était ma participation à une œuvre d’art.

    Autour de moi, les avis étaient partagés, les uns ne tarissaient pas d’éloge devant l’audace du concepteur, heureux que Paris soit de nouveau mis à l’honneur. D’autres trouvaient le lien avec l’emballage du pont par Christo tout à fait oiseux et même misérable. Pour ma part je n’en pensais pas grand-chose, jusqu’à la semaine dernière.

    Un épisode de canicule prématuré a été suivi par des orages d’une grande violence. Des coups de vent exceptionnels ont arraché la bâche photographique qui recouvrait les structures gonflables. Il fallait tout expertiser, tout renvoyer dans les ateliers, un travail qui allait continuer de paralyser la circulation pendant de longues semaines.

    Hier encore, j’ai dû rentrer chez moi par le Palais-Royal, très beau dans la nuit, mais les jambes en compote. Quand j’ai traversé la Seine, j’ai pensé devant les boudins de plastique déshabillés par la tempête, qu’ils dévoilaient les boursoufflures de l’art contemporain et de la société actuelle.

    On veut toujours plus grand, toujours plus extraordinaire, toujours plus admirable, alors que tout un chacun se sent toujours plus petit, toujours plus seul dans un monde qu’il ne maîtrise pas, sans savoir qu’il est justement la vie.


  • Fin de canicule. Victoire du PSG

    Ce matin la température a baissé, il pleut sur la ville et mes géraniums. Un plaisir !

    Après un week-end agité, je reviens sur la semaine dernière.

    Cela faisait un moment que le groupe WhatSapp de l’immeuble de mon atelier s’inquiétait pour le quartier. En cas de victoire du Paris, Saint-Germain, une fête était prévue sur le Champ-de-Mars. Nous en sommes riverains, en limite de zone de sécurité, ce qui veut dire restrictions de circulation et de stationnement, mais aussi l’éventualité de voir se déverser la fuite des casseurs. En fait, ce qui inquiétait le plus mes paisibles voisins, c’était les pelouses Champ-de-Mars, une fois de plus en phase de régénération. Elles supportent du lourd, fête après fête sans compter l’indispensable feu d’artifice du 14 juillet.

    Ils furent bons joueurs. Samedi soir, à la seconde même de la victoire de leur club par tir au but, ils montrèrent leur satisfaction. Sans ambiguïté, mais avec prudence.

    Dimanche, en fin d’après-midi, la télévision diffusa dans le monde entier la marche triomphale, sur fond de tour Eiffel, des joueurs revenus de Budapest, applaudis par cent mille supporters. 200 000 pieds sur les 500 mètres de pelouse convalescente.

    La joie fut immense, l’exaltation intense, Paris, une fois de plus le centre du monde ! Même si le club est financé et dirigé par le Qatar, que seuls deux joueurs sont français et surement pas parisiens, que leur entraîneur est espagnol, le public, international, le maire de Paris ne donnait pas sa part aux chiens et levait les bras aussi haut que possible. Le club parisien avait gagné la Ligue des champions contre les Anglais de l’Arsenal, lequel avait fort bien joué ! L’Europe était à l’honneur ! Une bonne cause, en ces temps de menaces sur ses frontières.

    Le lundi, un habitant de l’immeuble s’empressa de nous envoyer une photo de la pelouse, probablement à l’occasion de son footing matinal après enlèvement des barrières de sécurité. Comment était-ce possible ? Intacte ! À n’en pas croire ses yeux. Bravo, les services des espaces verts parisiens ! Des cœurs sont venus se joindre à la photo.

    Tout de même !

    Quand je relis ces chroniques, je m’étonne de les voir d’année en année prendre tant de place.

    Ces fêtes secouent des millions de supporters essentiellement masculins. Pourquoi tant de joies, tant de peines pour le trajet d’un ballon ? La victoire ou la défaite tient à quelques centimètres. Samedi, tirs au but. Pile ou face. Le gardien de but se jette d’un côté ou de l’autre. Et pourtant la victoire est entière, indubitable, incontestable.

    Je me souviens du match contre le Brésil qui nous fit champions du monde et nous a rempli durant des années d’un orgueil peut-être un peu excessif. La victoire, pour une bonne part, avait été due aux problèmes intestinaux de Ronaldo.

    Les émotions soulevées, le travail, la finance, tout y est disproportionné. Surtout la joie, immense, qui submerge un pays tout entier est si forte qu’on peut difficilement en trouver d’équivalentes. Que valent les petites joies du quotidien devant ce sentiment soudain de réussite absolue ? Il semble envahir les veines, les yeux, les bras des supporters comme l’ultime raison de vivre heureux, en groupe.

    Et les joueurs ! Comment font-ils pour courir pendant plus de 90 minutes comme des dératés. Comment supportent-ils les crampes ? Comment se relèvent-ils après les chocs ? Comment rester lucides devant des stades remplis jusqu’à la dernière place à prix d’or, devant cinquante mille et plus de supporters qui hurlent.

    Leur intelligence du jeu est stupéfiante, comment peuvent-ils trouver la bonne passe, surtout près des buts ?

    Il fut un temps où les matchs étaient des foires d’empoigne, à coups de cartons jaunes et de penaltys plus ou moins provoqués, mais ce n’est plus le cas. Peut-être que samedi l’Arsenal était trop sur la défensive, mais le PSG ne l’avait pas volé qui avait fait preuve d’inattention au début du match. Un beau spectacle !

    Et surtout qu’est-ce qui peut se passer dans la tête de ces demis-dieux souvent sortis des banlieues ?

    Ces matches sont peut-être les seuls qui réunissent toutes les sociétés, pauvres ou riches, éduquées ou pas, à travers les langues, les religions, à travers les pays du monde entier.

    À l’exception tout de même des femmes, même si les clubs de foot se féminisent et qu’on en voit un peu plus dans les tribunes qu’autrefois. Les femmes : 50 % de l’humanité.


  • Canicule. Nouveaux voisins.

    Canicule, considérée comme exceptionnelle en mai. 34 degrés à Paris.

    Nous prenons nos précautions plus tôt dans la saison que d’habitude. On se calfeutre le jour, fenêtres grandes ouvertes la nuit. Le ventilateur tourne à côté de mon ordinateur.

    Je pense à nos nouveaux voisins.

    Ils ont emménagé juste avant la chaleur dans l’appartement du dessus, un loft qui a remplacé il y a plusieurs dizaines d’années les chambres de bonnes sous les toits. Une assez vaste surface éclairée par de grands vélux avec vue sur Montmartre et le Sacré-Cœur. Pour fêter leur arrivée, ils ont réuni une dizaine d’amis et mis de la musique. Nous avons l’habitude ! Cet appartement attire des jeunes bien décidés à s’amuser. Les maintenir dans des limites raisonnables n’est pas toujours facile, mais j’ai ma technique.

    Tout de même, vers trois heures du matin, j’ai passé une robe de chambre, enfilé des pantoufles et les cheveux en bataille, le visage enfariné j’ai sonné à la porte.

    Un jeune homme d’une petite trentaine d’années m’a ouvert, taille moyenne, cheveux châtain clair, un peu dressés sur la tête, petite barbe comme c’est la mode aujourd’hui. J’ai juste dit, sans agressivité :

    — Ce n’est pas possible !

    Il a paru surpris :

    — Excusez-nous ! Je ne savais pas, je croyais qu’il n’y avait que des bureaux dans ce quartier.

    — C’est un immeuble d’habitation. Nous sommes en général courtois, attentifs entre voisins. Vous auriez peut-être pu poser une affichette dans l’ascenseur pour votre soirée.

    Il a paru surpris.

    — Ne vous inquiétez pas, cela ne se reproduira pas !

    Il n’était pas le premier à faire ce genre de promesse. On s’est présenté, Lewis, Martine.

    — N’hésitez pas à monter en cas de besoin, me dit-il. Alors que je retournai vers l’escalier, il me désigna l’interrupteur du palier comme si j’avais cent ans.

    Le lendemain après-midi, sonnette. Il s’encadre dans la porte, chemise blanche ouverte et sourire aux lèvres. Il est accompagné d’une Asiatique plus grande que lui, cheveux jusqu’à la taille. Il porte un énorme bouquet dans les mains :

    — C’est pour me faire pardonner. Je vous présente ma compagne.

    Elle sourit, il cite un nom imprononçable :

    — Elle est coréenne et ne parle pas français !

    Je remercie, je prends le bouquet, on leur dit d’entrer. Nantie d’une certaine expérience, je leur demande ce qu’ils font dans la vie. La réponse fuse, rien d’inhabituel, du moins pour nous depuis que le quartier change :

    — Je suis producteur de musique et ma compagne travaille dans l’événementiel de la mode !

    Sourires de part et d’autre, il me tend une enveloppe :

    — Nos noms et mon numéro de téléphone. N’hésitez surtout pas à appeler.

    Il semble bien élevé, la Coréenne est impassible. Souvent nos problèmes viennent des conjoints.

    Sitôt qu’ils sont partis, je mets le bouquet dans un vase. Je coupe les tiges. Il est superbe, un subtil agencement de pivoines, d’œillets et de roses, mais surtout il répand une odeur particulière, un parfum manifestement très étudié. Pas de nom de fleuriste, juste surgi d’un papier kraft. Il répand aussi un parfum de mystère. D’où vient-il ?

    Ce bouquet m’enchante. Il résiste à la canicule qui commence à se faire sentir.

    Le soir qui suit, il fait chaud. Les velux du dessus sont ouverts. On n’entend pas de musique, mais des conversations. Comme hier, anglais, traductions variées, peut-être une réunion de travail. Les vélux font office de réflecteurs des sons.

    Et ça dure ! Comme à chaque fois, on se demande comment obtenir un peu de tranquillité, d’autant plus que les pas de la Coréenne sur le carrelage se révèlent assez dominateurs. Autour de nous, plusieurs de nos amis, de nos proches ont épousé des Asiatiques. Elle savent ce qu’elles veulent !

    Mon bouquet perd un peu de sa saveur ! A minuit tout le monde est parti.

    La canicule continue. Hier soir, je n’étais pas là, quand je suis rentrée, le silence régnait. J’ai dit à Gilles :

    — Ils n’ont pas fait de bruit ?

    — Non, ils semblent avoir réglé leur sono, mais ça s’est tout de suite arrêté !

    Aujourd’hui, mon bouquet bat de l’aile, mais il a tout de même de beaux restes.

    Je vous parlerai plus tard de l’installation d’une caverne sur le Pont-Neuf. Impressionnant !


  • Internet

    Ouille, ouille, ouille ! J’ai beaucoup de mal avec internet !

    Parfois, je ne supporte plus les mots de passe, les absences ou les pannes de réseau, les buzz, les spams… la pub incessante, les heures perdues à « surfer » souvent inutilement.

    Pour le moment, c’est mon répertoire qui ne fonctionne pas. Á toute demande, un message s’affiche : « Ce contact n’existe pas ». Je pianote alors nerveusement, il me sort une personne décédée depuis une dizaine d’années ou une adresse jamais utilisée.

    J’ai possédé un mobile qui n’enregistrait pas les brouillons et n’autorisait pas les corrections. Naturellement, j’ai cru à ma maladresse. On me l’a volé. Je ne l’ai pas vraiment  regretté.

    J’en fais des cauchemars. Je rêve que je suis perdue dans une ville et que je cherche à téléphoner à Gilles. Mes doigts dérapent, je ne trouve pas son numéro, la batterie est à plat, l’écran ne s’allume pas, il est cassé… Je demande à quelqu’un de me prêter le sien. Pareil ! Il fait de son mieux, mais  n’ayant pas le numéro, il ne peut rien pour moi. Je creuse dans ma mémoire, mais ce n’est jamais le bon. Normal puisqu’il est enregistré dans mon mobile ! Et je me réveille en sueur contente d’être sortie d’une situation inextricable.

    L’internet médical ! Retrouver une ordonnance, des résultats d’analyses, tient de l’exploit. Doctolib, un fouillis rempli de noms de médecins que vous n’avez jamais vus, de conseils sur votre alimentation, de recommandations.

    Votre espace santé ? Quand vous avez eu la chance de vous souvenir de son intitulé et de l’écrire sans vous tromper, il répond que vous allez recevoir un numéro. Le mobile sonne, un numéro apparait à six chiffres. Le temps de trouver papier et crayon, on vous annonce qu’il est périmé. Il faut recommencer. Après de nombreux mois pour ne pas dire des années, quelqu’un a dû s’apercevoir qu’il était difficile à mémoriser, on peut désormais le copier, puis le coller dans l’espace santé. Bravo internet ! Mais vous n’êtes pas au bout de vos peines, une masse d’encartés qui ne correspondent pas à votre demande envahit l’écran. Quand par chance vous avez enfin trouvé l’ordonnance du médicament sans lequel vous risquez un AVC, sa date n’est pas visible, il faut trouver le moyen de se débarrasser des encartés pour y voir la page entière et lire les petits caractères sur le côté, noyés entre deux lignes.

    Vous finissez par apprendre qu’il suffisait d’ouvrir la case message dans doctolib pour avoir votre ordonnance. Le médecin vous l’avait envoyée par email après votre passage, en toute transparence.

    Un glissement de doigt sur le clavier et vous devez tout recommencer…

    Les achats ? Vous passez des heures à trouver les sandales qui vous plaisent. Après bien des complications, comme de rater le livreur (qui n’est en fait pas passé), se rendre au point relais, vous ouvrez votre paquet. Elles ne sont pas toujours celles que vous imaginiez et pas toujours celles que vous aviez demandées. Il faut refaire et retourner le paquet avec une attente d’une demi-heure à la poste. On vous renvoie la bonne taille, mais finalement, elles ne sont pas aussi jolies que sur le site et vous ne les portez pas.

    J’ai commandé une veste sur un site chinois. Elle devait arriver dans la semaine. Au bout d’un mois et demi je l’avais oubliée quand j’ai vu arriver une sorte de chemise pendouillante et importable qui ne valait pas son prix. Même si elle avait été jolie, son tissu mou promettait de perdre son peu de texture au premier lavage.

    Je n’ai jamais recommencé !  J’achète des vêtements plus coûteux et je les garde longtemps. Ça me revient moins cher.

    Les réseaux sociaux ? Je me suis désabonnée ou j’ai pris mes distances avec Facebook et compagnie. Ils me mangaient un temps considérable et je n’aime pas le comptage des likes, sorte de compétition concernant des bonheurs revendiqués que tout le monde sait pourtant subjectifs.

    Il y a cependant, quand on sait s’y prendre, quand on est patient, quand on a du réseau, quand on n’a pas le temps, quand on a le temps, quand on ne peut pas se déplacer, si ce qu’on cherche est rare… la  liste est longue, il y a d’immenses avantages à pouvoir se raccorder au monde entier. J’en conviens.

    (à suivre)


  • Décès de Tchito, météo, Olivia de Lamberterie

    Ma chère Tchito s’est éteinte. Tchito, si vive et drôle, je ne parviens pas à y croire !

    J’ai ressenti un terrible vide en recevant l’annonce de sa sœur Nelly. Nous nous étions connues à l’école à 13 ans ! Il n’y a pas si longtemps, je vous ai raconté comment elle nous avait reçus chez elle à Pontoise, la promenade dans le jardin fleuri, la cérémonie du thé. Déjà atteinte par la maladie d’Alzeilmer, une sorte d’adieu lucide et touchant.

    Dimanche, je téléphone à Ève. Avant de terminer, je me renseigne :

    — Il fait beau à Grenoble ?

    Elle me répond :

    — Comme ci, comme ça.

    Je lui dis :

    — Ça va quand même ?

    Elle m’a répondu avec un rire :

    — Ce matin, je suis allée au marché sur la place Notre-Dame pour acheter des fruits et des légumes. Le marchand, un revendeur, se plaignait que rien ne poussait à cause de l’alternance de pluie et de sécheresse, ce qui faisait monter les prix. J’ai continué vers l’étal de ma productrice bio habituelle. J’allais compatir, elle m’a tout de suite arrêtée : « On n’a jamais eu de meilleures conditions, le soleil fait pousser et la pluie arrose ! »

    Trouvé sous le porche de l’immeuble dans un sac à disposition un livre dont le titre était à peu près illisible, mais dont le nom de l’auteur était écrit en gros caractères, Olivia de Lamberterie.

    L’épouse de mon frère Bruno était cousine d’une famille de ce nom. Une famille nombreuse composée d’originaux, de forts en thème. Ils habitaient près de Nernier, je me souviens de l’un d’eux, beau, brun et ombrageux, prénommé Gabriel, comme l’ange. Ils m’avaient toujours intriguée.

    Le livre racontait la détresse d’Olivia de Lamberterie avant et après le suicide de son frère Alex, un témoignage sincère et touchant, écrit avec vivacité.

    Au fur et à mesure de ma lecture, je me suis demandé pourquoi ce récit m’était si familier. L’avais-je déjà lu ? Avait-il été le sujet d’un film à la télévision ? J’y retrouvais des allusions à mon passé, en particulier la découverte en arrivant à Paris d’un monde chic, assuré de sa valeur, loin de la bourgeoisie de ma ville de Pontoise.

    Comme je m’y trouvai laide et godiche, comme j’admirais ces familles, capables de bons mots, se cooptant d’un clin d’œil ! Un monde inaccessible. Ils dépassaient les difficultés grâce au sentiment d’appartenir à une élite et pouvaient toujours compter sur leur entourage pour préserver une supériorité qui tenait du miracle.

    Elle cite Diane Lanster, de Jean-Didier Wolfrom. Celui-ci, que j’ai connu, planait malgré une grave et douloureuse infirmité sur le monde littéraire de l’époque.

    Mariée très jeune à un homme de presse de plus de 25 ans son aîné (l’inverse était inimaginable), elle avait pu et su s’échapper. Propulsée dans la rédaction du journal Elle, Olivia de Lamberterie avait gravi des échelons jusqu’à en devenir chroniqueuse littéraire grâce à sa passion de la lecture, puis directrice adjointe.

    C’est d’ailleurs avec une certaine surprise que dans les premières pages j’y ai lu une allusion à L’Appel de la forêt, un livre d’une grande qualité littéraire écrit par Hélène Gestern, une amie de Jean-Marc, que j’ai parfois évoquée ici et dont l’itinéraire ne ressemble en rien au sien.

    Pourquoi, après toutes ces années, suis-je encore fascinée par ces mondes qui ont le devoir et la possibilité de cacher sous des dehors parfaits et des certitudes, des détresses terribles comme des dépressions poussant au suicide certains de leurs membres ?