Hindous à Paris. Atelier

Le froid s’était installé, nous avions dit adieu à Tougin quand le soleil est revenu.

Les billets étaient pris. Rendez-vous médicaux, théâtre et transport de céramiques nous attendaient à Paris. Nous pensions avoir dit adieu au Léman, mais un après-midi nous a retrouvés à nager dans une eau à 22 degrés, dans un lac lumineux. Nous avions dit adieu à la dame hyper bronzée, nous avions reçu pour un dernier apéritif Nick et Laura, Peter et Lisa (qui m’ont fait connaître Enricke), nous avions rangé la maison pour longtemps, les céramiques étaient cuites et emballées quand Gilles s’est aperçu qu’en fait nous pouvions revenir très vite.

Partis samedi pour Paris, nous avons pris des billets de retour pour le mercredi suivant.

Nous avons donc débarqué gare de Lyon en fin d’après-midi. Nous avons pris un taxi à cause des céramiques. La ville avait son air de fête, les piétons heureux déambulaient sur les trottoirs, s’attardaient sur les terrasses. L’appartement nous attendait, après le passage de Maria, les plantes avaient été bichonnées par monsieur Vallée. Julien et Thomas sont venus nous dire un petit bonjour en vélo dimanche.

Tout serait pour le mieux, si mon cou ne me tarabustait depuis une semaine. Un petit truc à vous secouer le moral.

Le retour en train fut un peu mouvementé. Le compartiment était pour moitié occupé par des hindous, familles et enfants qui se connaissaient et venaient de Genève. Un raffut d’enfer ! Il a fallu intervenir. Nous avons fait le rapprochement avec une importante fête cultuelle indienne sur le Champ de mars évoquée avec des photos par le groupe WhatSapp de l’avenue de La Motte-Picquet. Des hindous fêtaient l’inauguration d’un immense temple érigé aux portes de Paris. Le personnel féminin de la tour Eiffel avait été prié de ne pas se montrer durant la visite des religieux. À la suite de quoi, une grève l’avait fermée pendant deux jours. On s’était tous demandé ce qui avait pu passer par la tête de la direction d’accepter une demande pareille.

Il se trouve qu’à la gare de Lyon nous avons vu sortir de plusieurs wagons d’autres groupes d’hindous. Tous, les enfants, les hommes, les femmes, le front peint d’un œil de Siva. Renseignement pris, il s’agirait d’un mouvement conservateur et ultra nationaliste dans le genre des évangélistes. Quand on sait l’influence de ces derniers dans l’élection de Trump et ce qui a suivi, il y a de quoi se poser des questions.

Comment ne pas évoquer le spectacle de la nature abimée par la sécheresse, surtout le Morvan, d’habitude très vert, grillé, où plus un ruisseau ne coulait, de ses vaches avachies et amaigries sur des terres dénudées ? Un désastre !

Et la surprise de voir que Paris n’avait apparemment pas souffert. Ses arbres encadraient d’une verdure intacte la place de la Bastille et le boulevard Beaumarchais, comme une sorte d’oasis.

Rendez-vous médicaux pris il y a plus de six mois, à ne pas rater. Contrôle ophtalmo, dentiste…

 J’ai fait un tour à l’atelier pour y déposer les céramiques. Tout va bien !

En sortant, j’ai vu Sophia dans la salle commune, le visage fatigué assise devant une table. Je lui ai demandé comment allaient ses filles, la dernière a six mois.

— Elles vont bien ! Elles sont gardées par la nounou.

Elle a ajouté en caressant son chat qui l’avait rejointe :

— Je me repose avant de monter. Je reviens du travail en vélo.

— Vous travailler près d’ici ?

— Dans les jardins du Palais-Royal.

Ébahie, je lui ai dit :

— C’est loin. Je le sais, j’habite par là !

— 20 minutes environ, ça va !

Elle est cadre dans une entreprise de haute couture. Et j’ai pensé à ses journées exténuantes. Elle est aussi membre actif du conseil syndical de l’immeuble. Son chat s’est assis entre nous comme pour l’apaiser, un très beau chat, blanc, queue et oreilles tigrées de gris, yeux bleus.

— Non, ce n’est pas un chat de race, c’est un chat de campagne. On me l’a donné sur une portée de quatre.

Je l’ai laissée à sa tranquillité :

— À bientôt, Sophia.

Elle m’a répondu sans même pouvoir sourire :

— À bientôt !