Chronique du 22 au 29 septembre 2026

Contraste. Nous avons retrouvé pour quelques jours la tranquillité à Tougin. Déjeuner au soleil, baignades au lac. Un peu frisquet en sortant. Nous avons retrouvé la nageuse qui nous a donné des nouvelles de la plage.
Des lignes sont colorées sur l’herbe :
— Un arrosage automatique va être installé, des conduites d’eau enterrées.
En effet ! Des ronds sont dessinés tous les 5 mètres. Nous avons aperçu le stock de buses à l’entrée et des ronds de plastique gris d’environ 20 cm de diamètre.
Ah ! Notre petite plage un peu sauvage et son arrosage mobile que nous évitons au gré du vent et des heures !
— J’habite Mies. Des travaux très coûteux et ce n’était pas nécessaire. Avec nos impôts !
Elle ajoute très vite :
— Une commune très riche !
Et elle montre la rive, ses villas luxueuses avec pontons particuliers, leurs pelouses impeccables que le lac vient lécher ou fouetter, fleuries, ponctuées de buissons taillés au centimètre près. Je lui dis :
— Ils ne viennent pas sur la plage publique.
— Bien sûr que non.
Elle habite dans un appartement et bénéficie d’un jardin potager de la ville.
— On ne nous demande pas notre avis !
— Je croyais qu’en Suisse, la démocratie locale fonctionne à l’avantage de tous.
Elle a haussé les épaules :
— C’est comme partout !
Nous ne la trouvions pas vraiment à plaindre. Elle l’a vaguement reconnu. Et elle a continué :
— Demain, c’est le grand week-end du jeûne fédéral.
Je connaissais l’existence de ce jour férié par Nernier. En Suisse protestante, depuis Calvin et peut-être même auparavant, les magasins fermés, les restaurants (autrefois) fermés, marquent la nécessité de faire des sacrifices, de se priver.
Il me semble que dans mon enfance, c’était un jeudi de septembre. Il aurait aujourd’hui quelque peu glissé vers une coutume moins vertueuse, déplacé au lundi pour prolonger le week-end.
En tous cas, la veille, dimanche dernier, après un bon repas au soleil dans le jardin, un café dans la fraîcheur du salon, nous sommes allés nager à Mies en deux voitures.
D’habitude, nous sommes au plus une dizaine sur la plage, parfois même seuls. La veille un samedi pourtant nous n’étions qu’une poignée. Notre nageuse nous avait dit :
— Dimanche, il ne devrait pas y avoir trop de monde, la saison avance et les gens seront partis pour profiter du jeûne fédéral.
Le parking était plein. À peine passé le portail, nous avons eu la surprise de trouver sur la pelouse une sorte de village improvisé. Des familles avaient circonscrit de vastes espaces séparés le uns des autres par des paddles, des vélos et des cantines. Au centre, des tables de dix à vingt convives étaient protégées du soleil par des auvents de toiles montés sur des structures s’étendant sur des surfaces beaucoup plus vastes qu’un salon d’appartement ou même qu’un petit jardin. Des tartes salées et sucrées, des bouteilles d’eau, de jus de fruits d’eau, des nappes et des assiettes colorées, les verres brillaient. Et tout cela comme et même mieux que chez soi, le lac a dix mètres.
Tout autour des familles, des amis, confortablement assis sur des fauteuils pliants . Toutes générations confondues, du bébé les fesses à l’air jusqu’à l’aïeule en robe et chignon, des jeunes, des moins jeunes. Les hommes affairés autour de l’intendance, les femmes s’occupant des petits. Certains commençaient à recharger des remorques démontables. Tout cela tranquille et coloré, à discuter et à manger. Emmanuel fit la réflexion qu’il n’y avait pas grand monde dans l’eau.
Parmi ses mini villages, une des maisons en toile célebrait un anniversaire, et des ballons colorés dansaient dans la brise.
Le lac était un peu agité, je fus prise d’un léger malaise. Plutôt que de rentrer à petits pas vers la glissière, j’ai cru bon de remonter par la grève. J’avais oublié la maladresse de mon âge. Ève est venue m’extirper de là.
Dans la voiture, après avoir quitté nos enfants qui continuaient sur Grenoble, je me suis sentie vexée. Puis j’ai reconnu qu’il fallait que je me fasse à l’idée que le temps des plongeons et des cabrioles est derrière moi.









