martine farge de rosny

Semaine du 19 au 26 novembre 2019

 

Exposition Le Greco au Grand Palais (voir ci-dessous).

Déjeuner en famille et cimetière à Pontoise.

Lecture : Neuf nouvelles de Margaret Atwood



Martine Farge de Rosny - blog

Le Greco, au Grand Palais.

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Je n’ai jamais beaucoup aimé la peinture du Greco. En classe, notre professeur d’espagnol, que nous surnommions Don Jorge de La Madrid, avait comparé son Enterrement du comte d’Orgaz à la Réddition de Breda (Las Lanzas), plaçant Le Greco bien au-dessus de Vélasquez. À quatorze ans, je m’étais étonnée qu’on puisse apprécier ses proportions anatomiques distendues et ses visages hallucinés. Par la suite, je fus éblouie par les Ménines et les portraits de Vélasquez du Prado, et je trouvai le grand Christ du Greco, au Louvre, alangui sur sa croix, beaucoup trop maniéré. Les bleus omniprésents et les cloisonnements de jaunes du Greco me semblaient rudimentaires par rapport à la délicatesse des roses et à la force des rouges chez Vélasquez.

C’est dire que je ne serais pas allée voir l’exposition du Grand Palais, si JMH ne m’y avait pas vivement encouragée. À l’ouverture, nous avons retrouvé Tchito dans la file d’attente. Après avoir abandonné les visiteurs et leurs audioguides dans la première salle, nous avons poursuivi vers les autres salles encore désertes. Surprise ! Alignés sur les murs, une dizaine de portraits projetaient des regards qui semblaient vivre à travers les siècles. Une touche libre et décidée, sans repentirs apparents, offrait à chacun des personnages un caractère déterminé. Intelligence, ironie, bienveillance, morgue, cruauté, lucidité, comme autant de sentiments éternels.

Le portrait du Grand Inquisiteur ! Assis sur une chaise à dossier plat, raide, la main gauche crispée sur un accoudoir comme une serre de rapace, regard terrifiant derrière des lunettes rondes, visage prolongé en bas par une barbe poivre et sel en fer de lance, en haut par une barrette perchée sur un crâne pointu. Le pourpre brillant de la soutane, du mantelet et de la barrette envahissait la surface de la toile, comme la définition de son pouvoir absolu. Des dentelles s’en échappaient, d’une blancheur inquiétante. Il émanait de cet homme d’église d’inexorables certitudes, la justification sacrée de la torture. Comment ne pas se poser la question des puritanismes qui envahissent ces temps-ci la planète sur le terreau des angoisses et des désirs inassouvis multipliés par les réseaux sociaux ? Fondamentalismes de tous bords, issus de toutes les religions, de toutes les cultures. Peur de la différence, peur de parler à son voisin, peur de l’avenir en général. De même qu’après avoir pillé le Nouveau monde, les Espagnols se sont autodétruits, nous multiplions les haines et les conflits après avoir pillé la terre. Nous en demandons toujours plus.

Où retrouver le message de paix, la main tendue, l’acceptation réciproque de la différence et de la contingence humaine ? Comment peut-on oublier la tendresse, infiniment plus satisfaisante que la possession de la richesse et du pouvoir ?

Ce jour-là au Grand Palais, une Marie-Madeleine, songeuse, chair savoureuse, délicate et légère, nous regardait avec une confiance inquiète. Censée figurer le péché, c’est la vie qu’elle nous offrait. De même que le Grand Inquisiteur censé indiquer la voie de la vertu nous écartait avec horreur de la violence et de la mort. Miracle de l’œuvre d’art qu’elle soit du Greco ou de Vélasquez.

Les tableaux des grandes commandes, venus des musées du monde entier, me parurent encore tarabiscotés, mais je les regardais désormais avec un œil différent, plus encline à en apprécier les torsades comme un bouillonnement d’espoir dans une période très sombre. Merci JMH.

Comme d’habitude nous avons comparé nos impressions en sortant. Nous sommes allés savourer un café dans le bar-tabac à deux pas de l’Elysée avant de poursuivre notre journée, Tchito en direction de la gare Saint Lazare et Pontoise, nous à la station Miromesnil pour regagner nos pénates.

 


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