Intervention, Chaos à Paris.

Ayant subi une intervention cardiaque la semaine dernière, je ne suis pas fraîche ! Je reste faible et l’anesthésie m’a mis la tête en bouillie. Je n’ai pas trop le courage d’aller sur mon clavier, mais je veux malgré tout vous redire ma fidélité.

Je suis rentrée samedi et n’étant pas en état de prendre les transports en commun, nous sommes montés dans un taxi, avec la crainte d’être coincés dans la manifestation qui avait démarré.

Ça a bien roulé jusqu’à l’Opéra, mais en arrivant à la Bourse nous avons été arrêtés par un barrage de police. Quatre black blocks déchaînés et hurleurs se saisissaient de grilles de chantier et les lançaient pour en faire une barricade. Le taxi a fait demi-tour pour les contourner. Par miracle, il a pu nous déposer devant chez nous.

Peu de temps après, nous avons entendu du bruit dans la rue.

La rue était bloquée. Juste sous l’immeuble une bande de jeunes vêtus de noir, hurlaient de rage et pillaient le chantier en face de chez nous. À l’angle de la rue Étienne Marcel et de la rue du Louvre, une cinquantaine de jeunes, également en noir, s’étaient rassemblés semblant hésiter.

Je me suis couchée. Nous avons entendu des explosions de mortiers. Le lendemain, Julien et Thomas sont venus nous dire bonjour, ce qui était réconfortant ! Nous avons pris ensemble du thé avec une brioche et de la confiture.

Nous avons encore entendu des bruits de mortier durant la nuit suivante.

Aujourd’hui, Maria m’a dit que la rue Montmartre a été pillée ; des magasins de chaussures, une bijouterie, un opticien, etc, que les dégâts étaient impressionnants et que le sol était jonché de débris, de chaussures, de vêtements.

Comme on est loin des foules sages et ferventes autour du pape, quinze jours auparavant !

Le chauffeur de taxi, la cinquantaine, d’origine maghrébine, habitué depuis trente ans à ce genre d’événement, nous a fait ses commentaires. Il avait dit, comme j’évoquais la circulation ce jour-là :

— Moi, madame, je vais vous dire… ou plutôt vous montrer…

Il s’est penché sur la tablette du tableau de bord et en a sorti une petite bouteille ;

— C’est de l’eau de Lourdes, madame !

Il s’est penché de nouveau et en a tiré une petite statuette :

— Et ça, madame, c’est un bouddha !

Il ne demandait qu’à se lancer :

— Oui, monsieur, madame !

Il a ajouté :

— Ces violences ne devraient pas exister. Monsieur, madame, on peut les empêcher.

— Il faudra bien qu’on s’habitue à gagner moins et à travailler plus, cher monsieur. Il faut faire payer les casseurs, oui monsieur ! Les étudiants, eux, il faut les laisser s’exprimer.

Je lui ai dit :

— Les casseurs, ils n’ont pas d’argent !

— Si, je les ai vus, ils en ont, madame.

Il s’est ensuite lancé dans la politique :

— Il nous faut des gens fermes, qui ne pensent pas seulement à batailler entre eux, qui pensent à nous, madame !

Et il a cité Édouard Philippe, comme Président, Retailleau, comme Premier ministre et Lisnar (que j’ai entendu par la suite tenir des propos cohérents et réalistes.)

­— Mes enfants sont à l’université, ils travaillent bien. L’ainée pourra bientôt gagner sa vie, l’autre, passionné de politique…

Je l’interromps en riant :

— Comme vous ?

— Oui madame, plus encore ! Et aujourd’hui, il est à la maison, il travaille. Il termine sa licence d’histoire et il s’apprète à faire un stage dans une ambassade avant de se spécialiser. Oui monsieur !

 Par la suite, ses propos m’ont tourné dans la tête.

Ah ! Quel plaisir dans tout ça de recevoir par la poste, la superbe traduction de Lucrèce par notre ami Guillaume Boussard, publiée aux éditions du Seuil. Un travail de dix ans.