Dans le métro, juin 2017,jpgIl faisait chaud, très chaud. J’ai attendu de voir s’arrêter une rame moins encombrée que les autres. J’ai pu m’asseoir sur un strapontin à l’arrière des quatre places. Un homme s’est positionné debout contre moi à l’entrée des banquettes. Le wagon étant loin d’être plein, j’ai levé les yeux et reconnu l’individu qui s’était installé à la Motte-Piquet dans un siège cuvette avec des mines de propriétaire et m’avait jeté un regard peu engageant. La petite cinquantaine, grand, blond, un peu gras, vêtu d’un short et d’une chemisette ample.

 Je n’y pensais plus lorsqu’à la station École Militaire, j’ai senti des poils sur ma joue. Son coude et son bras me frôlaient le visage. J’ai d’abord essayé sans succès de saisir son regard pour lui faire savoir qu’il me gênait, puis je lui ai demandé poliment de se pousser un peu. Comme il faisait mine de ne rien entendre, j’ai poussé son coude du bout de l’index, avec pour seul effet de le sentir se presser davantage contre ma joue. Fatiguée par une journée de travail, j’hésitais à changer de place lorsqu’à ma droite j’ai entendu une voix :

– Ce monsieur est avec vous ?

Sur l’autre strapontin, un jeune homme s’était tourné vers moi. Vingt-cinq ans environ, blond cendré, beau, svelte, pas très grand mais robuste. Comme je lui répondais négativement, il leva la tête et  haussa le ton :

– Monsieur ! Madame vous a demandé de retirer votre coude !

L’homme ne bougea pas d’un cil et son bras devint plus insistant. Ne voulant pas d’esclandre, j’allais me lever lorsque le jeune homme me proposa d’échanger nos places. J’acceptais avec reconnaissance. À peine assis, il s’adressa au malotru :

– Monsieur, pourriez-vous écarter votre bras ?

Aucune réaction.

– Si vous ne vous poussez pas, je vais vous casser la figure !

(à suivre)