• Internet

    Ouille, ouille, ouille ! J’ai beaucoup de mal avec internet !

    Parfois, je ne supporte plus les mots de passe, les absences ou les pannes de réseau, les buzz, les spams… la pub incessante, les heures perdues à « surfer » souvent inutilement.

    Pour le moment, c’est mon répertoire qui ne fonctionne pas. Á toute demande, un message s’affiche : « Ce contact n’existe pas ». Je pianote alors nerveusement, il me sort une personne décédée depuis une dizaine d’années ou une adresse jamais utilisée.

    J’ai possédé un mobile qui n’enregistrait pas les brouillons et n’autorisait pas les corrections. Naturellement, j’ai cru à ma maladresse. On me l’a volé. Je ne l’ai pas vraiment  regretté.

    J’en fais des cauchemars. Je rêve que je suis perdue dans une ville et que je cherche à téléphoner à Gilles. Mes doigts dérapent, je ne trouve pas son numéro, la batterie est à plat, l’écran ne s’allume pas, il est cassé… Je demande à quelqu’un de me prêter le sien. Pareil ! Il fait de son mieux, mais  n’ayant pas le numéro, il ne peut rien pour moi. Je creuse dans ma mémoire, mais ce n’est jamais le bon. Normal puisqu’il est enregistré dans mon mobile ! Et je me réveille en sueur contente d’être sortie d’une situation inextricable.

    L’internet médical ! Retrouver une ordonnance, des résultats d’analyses, tient de l’exploit. Doctolib, un fouillis rempli de noms de médecins que vous n’avez jamais vus, de conseils sur votre alimentation, de recommandations.

    Votre espace santé ? Quand vous avez eu la chance de vous souvenir de son intitulé et de l’écrire sans vous tromper, il répond que vous allez recevoir un numéro. Le mobile sonne, un numéro apparait à six chiffres. Le temps de trouver papier et crayon, on vous annonce qu’il est périmé. Il faut recommencer. Après de nombreux mois pour ne pas dire des années, quelqu’un a dû s’apercevoir qu’il était difficile à mémoriser, on peut désormais le copier, puis le coller dans l’espace santé. Bravo internet ! Mais vous n’êtes pas au bout de vos peines, une masse d’encartés qui ne correspondent pas à votre demande envahit l’écran. Quand par chance vous avez enfin trouvé l’ordonnance du médicament sans lequel vous risquez un AVC, sa date n’est pas visible, il faut trouver le moyen de se débarrasser des encartés pour y voir la page entière et lire les petits caractères sur le côté, noyés entre deux lignes.

    Vous finissez par apprendre qu’il suffisait d’ouvrir la case message dans doctolib pour avoir votre ordonnance. Le médecin vous l’avait envoyée par email après votre passage, en toute transparence.

    Un glissement de doigt sur le clavier et vous devez tout recommencer…

    Les achats ? Vous passez des heures à trouver les sandales qui vous plaisent. Après bien des complications, comme de rater le livreur (qui n’est en fait pas passé), se rendre au point relais, vous ouvrez votre paquet. Elles ne sont pas toujours celles que vous imaginiez et pas toujours celles que vous aviez demandées. Il faut refaire et retourner le paquet avec une attente d’une demi-heure à la poste. On vous renvoie la bonne taille, mais finalement, elles ne sont pas aussi jolies que sur le site et vous ne les portez pas.

    J’ai commandé une veste sur un site chinois. Elle devait arriver dans la semaine. Au bout d’un mois et demi je l’avais oubliée quand j’ai vu arriver une sorte de chemise pendouillante et importable qui ne valait pas son prix. Même si elle avait été jolie, son tissu mou promettait de perdre son peu de texture au premier lavage.

    Je n’ai jamais recommencé !  J’achète des vêtements plus coûteux et je les garde longtemps. Ça me revient moins cher.

    Les réseaux sociaux ? Je me suis désabonnée ou j’ai pris mes distances avec Facebook et compagnie. Ils me mangaient un temps considérable et je n’aime pas le comptage des likes, sorte de compétition concernant des bonheurs revendiqués que tout le monde sait pourtant subjectifs.

    Il y a cependant, quand on sait s’y prendre, quand on est patient, quand on a du réseau, quand on n’a pas le temps, quand on a le temps, quand on ne peut pas se déplacer, si ce qu’on cherche est rare… la  liste est longue, il y a d’immenses avantages à pouvoir se raccorder au monde entier. J’en conviens.

    (à suivre)


  • Décès de Tchito, météo, Olivia de Lamberterie

    Ma chère Tchito s’est éteinte. Tchito, si vive et drôle, je ne parviens pas à y croire !

    J’ai ressenti un terrible vide en recevant l’annonce de sa sœur Nelly. Nous nous étions connues à l’école à 13 ans ! Il n’y a pas si longtemps, je vous ai raconté comment elle nous avait reçus chez elle à Pontoise, la promenade dans le jardin fleuri, la cérémonie du thé. Déjà atteinte par la maladie d’Alzeilmer, une sorte d’adieu lucide et touchant.

    Dimanche, je téléphone à Ève. Avant de terminer, je me renseigne :

    — Il fait beau à Grenoble ?

    Elle me répond :

    — Comme ci, comme ça.

    Je lui dis :

    — Ça va quand même ?

    Elle m’a répondu avec un rire :

    — Ce matin, je suis allée au marché sur la place Notre-Dame pour acheter des fruits et des légumes. Le marchand, un revendeur, se plaignait que rien ne poussait à cause de l’alternance de pluie et de sécheresse, ce qui faisait monter les prix. J’ai continué vers l’étal de ma productrice bio habituelle. J’allais compatir, elle m’a tout de suite arrêtée : « On n’a jamais eu de meilleures conditions, le soleil fait pousser et la pluie arrose ! »

    Trouvé sous le porche de l’immeuble dans un sac à disposition un livre dont le titre était à peu près illisible, mais dont le nom de l’auteur était écrit en gros caractères, Olivia de Lamberterie.

    L’épouse de mon frère Bruno était cousine d’une famille de ce nom. Une famille nombreuse composée d’originaux, de forts en thème. Ils habitaient près de Nernier, je me souviens de l’un d’eux, beau, brun et ombrageux, prénommé Gabriel, comme l’ange. Ils m’avaient toujours intriguée.

    Le livre racontait la détresse d’Olivia de Lamberterie avant et après le suicide de son frère Alex, un témoignage sincère et touchant, écrit avec vivacité.

    Au fur et à mesure de ma lecture, je me suis demandé pourquoi ce récit m’était si familier. L’avais-je déjà lu ? Avait-il été le sujet d’un film à la télévision ? J’y retrouvais des allusions à mon passé, en particulier la découverte en arrivant à Paris d’un monde chic, assuré de sa valeur, loin de la bourgeoisie de ma ville de Pontoise.

    Comme je m’y trouvai laide et godiche, comme j’admirais ces familles, capables de bons mots, se cooptant d’un clin d’œil ! Un monde inaccessible. Ils dépassaient les difficultés grâce au sentiment d’appartenir à une élite et pouvaient toujours compter sur leur entourage pour préserver une supériorité qui tenait du miracle.

    Elle cite Diane Lanster, de Jean-Didier Wolfrom. Celui-ci, que j’ai connu, planait malgré une grave et douloureuse infirmité sur le monde littéraire de l’époque.

    Mariée très jeune à un homme de presse de plus de 25 ans son aîné (l’inverse était inimaginable), elle avait pu et su s’échapper. Propulsée dans la rédaction du journal Elle, Olivia de Lamberterie avait gravi des échelons jusqu’à en devenir chroniqueuse littéraire grâce à sa passion de la lecture, puis directrice adjointe.

    C’est d’ailleurs avec une certaine surprise que dans les premières pages j’y ai lu une allusion à L’Appel de la forêt, un livre d’une grande qualité littéraire écrit par Hélène Gestern, une amie de Jean-Marc, que j’ai parfois évoquée ici et dont l’itinéraire ne ressemble en rien au sien.

    Pourquoi, après toutes ces années, suis-je encore fascinée par ces mondes qui ont le devoir et la possibilité de cacher sous des dehors parfaits et des certitudes, des détresses terribles comme des dépressions poussant au suicide certains de leurs membres ?


  • Tougin, Passage des VDH

    Les mésanges ne sont pas mortes. La petite famille s’en est donné à coeur joie.

    Nous avons arraché les pissenlits, tondu le jardin, desherbé le gravier devant la maison, Denis a replanté ses oeillets d’Inde (ils font fuir les pucerons), nous avons visité la maison rénovée de nos nouveaux voisins anglais. Nous avons retrouvé les uns et les autres avec plaisir.

    Nous avons reçu pendant quelques jours nos vieux amis Brigitte et Régis VDH, Benoît et Sotera leurs enfants. Des moments délicieux à faire remonter les souvenirs quand ils habitaient le pays de Gex et que nos enfants avaient le même âge. Nos voisins étaient impressionnés par Brigitte, laquelle à cette époque était professeur de français au collège, ce qui lui donnait un droit de cité par delà les dizaines d’années passées depuis dans la région parisienne.

    ils sont partis quelques heures avant nous et nous ont aidé à nettoyé la maison et la préparer pour notre retour. Merci !

    De mulltiples conversations, toutes plus intéressantes les unes que les autres. Sotera, d’origine lithuanienne, nous a raconté la vie durant les soviétiques, l’absence de liberté, la corruption. Elle trouve que les Français sont des enfants gâtés et qu’ils se plaignent pour un oui ou pour un non. Pendant la transition, à 18 ans, elle a dû travailler sur un cargo comme cuisinière durant deux années. Pour elle c’était dur, mais naturel ! Elle et Benoît on vécu en Bulgarie. Aujourd’hui, ils habitent près de Rambouillet sur un grand domaine. leur plus proche voisin se trouve à 600 mètres. Leur fils Gabriel se prépare à devenir pilote d’avion.

    Nous ne reviendrons pas en principe avant fin juin. Nous espérons pouvoir assister à l’inauguration de la maison de Jon et Emma. Jon nous a dit qu’il allait jouer avec la formation qu’il a créé dans le Pays de Gex, les « Gex Pistols ». Annonce reçue avec un rien d’inquiétude !


  • Grenoble, Didon et Énée, musée Hébert, Tougin

    À peine sortis du train, après avoir grignoté dans leur jardin, nous nous sommes dirigés avec Éve et Emmanuel vers la MC2, la Maison de la Culture de Grenoble. Nous allions voir l’opéra de Purcell, Didon et Enée, en version oratorio, notre cadeau de Noël. Le bâtiment contient trois salles, dont une grande salle de 1 028 places où nous avions déjà vu Othello et l’auditorium de 998 places. C’est vous dire l’importance de ce centre culturel de 22 000 m2 destiné au théâtre, à la musique et à la danse. L’auditorium était archi plein.  Seul petit problème, l’ascenseur vers le troisième étage ne contenait que 8 personnes. Il a fallu monter à pied et j’étais fatiguée. Ce soir-là, je me suis rappelé combien la France était jeune à l’époque de Malraux.

    À notre demande, Ève avait réservé des strapontins. Je n’aime pas trop me retrouver coincée au milieu d’une rangée, derrière un géant ou une chevelure ébouriffée, sans la possibilité de m’enfuir au cas où le spectacle ne me plairait pas ou que je suis prise d’une quinte de toux. La placeuse nous a proposé les derniers fauteuils restés libres, mais j’ai refusé. Et c’est agréablement installée tout en haut du grand amphithéâtre (l’acoustique y est meilleure), les jambes allongées et les bras dégagés, un charmant jeune étudiant solitaire à ma droite, ma famille autour de moi que j’ai pu assister et entendre une des plus belles musiques de mon existence.

    C’est toujours un peu pareil avec la musique baroque. Après l’accord des instruments anciens, je me demande si je vais tenir le coup. J’ai patienté avec la crainte de crampes dans les doigts de pied. La scénographie était minimaliste, mais bien faite, une vingtaine de choristes, l’orchestre était composé d’une quinzaine d’instrumentistes et de quatre ou cinq solistes. Sont arrivées Didon la reine de Carthage et sa servante. Didon m’a un peu inquiétée jusqu’à ce que la servante d’une voix chaude nous entraîne dans les amours de sa maîtresse et d’Énée, prince envoyé par Troie pour conquérir Rome, en escale à Carthage. Amour impossible de son côté.

    Je ne m’étalerai pas sur les détails, mais les derniers chants, le départ d’Enée et la mort de Didon étaient bouleversants. Superbe !

    L’émotion qui m’a submergée n’avait rien de pathétique, mais c’était comme un rendez-vous avec le mystère des destins, ce mélange de joie et de souffrance qui tisse nos existences. Superbement chanté, joué, ce fut un triomphe.

    Le lendemain, nous sommes allés au musée Hébert à côté de Grenoble, à la Tronche. Sous un ciel sans nuage, c’était comme si nous avions franchi les Alpes et que nous nous trouvions en Italie, me rapellant les jardins des palais Médicis autour de Florence. Un art de vivre incomparable. Hébert avait été un peintre reconnu de la deuxième moitié du 19e siècle, portraitiste, surtout de femmes. Elles trônaient dans de vastes cadres dorés, épaules nues, gorges offertes jusqu’aux tétons, dans des robes à la fois discrètes et luxueuses, un peu comme surgies des livres de Marcel Proust. Son épouse Gabrielle avait été une pionnière dans la photographie. L’exposition temporaire de ses tirages permettait avec des loupes de se promener dans l’univers de la bourgeoisie de cette époque.

    Hébert avait dirigé par deux fois la villa Médicis à Rome. Nous avons retrouvé dans son jardin en Isère beaucoup de souvenirs, lorsque nous étions allés y voir un de mes camarades des Beaux-Arts lauréat du concours de Rome, il y a maintenant plus de cinquante ans. La très belle rénovation par le département de l’Isère donnait l’impression qu’on aurait pu croiser les propriétaires et leurs illustres invités à chaque coin de la maison, de la terrasse avec vue sur les Alpes et du jardin aux cèdres immenses.

    Après cette belle journée et de chaleureux repas au soleil, nous sommes repartis le lendemain pour Bellegarde en train. Nous avons pris la voiture à Chevry.

    En arrivant à Tougin, nous avons observé un va-et-vient de mésanges dans le nichoir près de la porte. Nous les avions perturbées, car le couple entrait et sortait sans cesse, des piaillement frénétiques se faisaient entendre à l’intérieur. En fin d’après-midi, elles ont dû faire face à une attaque de moineaux. J’ai pensé que c’en était trop et qu’elles avaient abandonné leur progéniture. Ce matin, plus aucun mouvement. Les oisillons étaient probablement morts et j’étais désolée. Vers midi, on a vu une des deux mésanges jeter un coup d’œil dans le nichoir et repartir tranquillement. Nous n’avons pas voulu soulever le toit pour ne pas faire davantage de dégâts.

    — C’est bizarre, ai-je seulement constaté.

    Mais Gilles a dit :

    – Tout à l’heure j’ai vu toute une bande de mésanges voler dans le jardin !

    Les oisillons s’étaient envolés ! Ils avaient profité d’un moment où nous étions partis, peut-être n’avais-je pas su distinguer les parents et les enfants dans tout ce va-et-vient. Comment pouvaient-ils voler sans avoir jamais appris ?


  • Vacances de printemps

    Le bouquet de muguet que Gilles a rapporté de la rue Montorgueil embaume dans tout l’appartement. Il a dit :

    — C’est un peu prématuré, mais il risque ne plus y en avoir !

    Le changement climatique accélère la floraison de cette fleur emblématique du printemps. La vente traditionnelle du premier mai peut ne plus être assurée. Quinze jours d’avance, cette année ! Le coup de chaleur d’il y a quinze jours les a fait sortir trop tôt.

    Les vacances scolaires de la région parisienne démarrent. Autrefois, elles coïncidaient dans toute la France avec Pâques. Désormais et depuis très longtemps elles sont fixées en trois zones se chevauchant les weekends, ce qui permet aux vacanciers de se succéder dans les lieux touristiques et de se croiser sur les routes. Elles n’ont plus de rapport avec les rites religieux de notre enfance.

    Pâques est une fête mobile : le premier dimanche qui suit la pleine lune qui suit l’équinoxe. La date peut varier d’une année à l’autre durant le mois d’avril. Dans mon enfance, la semaine précédente, la semaine sainte, était infailliblement triste, mouillée et froide, à l’image des cérémonies religieuses du mercredi des Cendres, du vendredi et la mort de Jésus, du silence des églises. Le matin de Pâques, c’était le renouveau. De retour de Rome, les cloches tintaient dans le ciel limpide, après avoir semé des œufs décorés qu’on dénichait dans les endroits les plus invraisemblables. La semaine suivante nous semblait toujours douce et ensoleillée, c’était le temps des promenades dans les prés, des pâquerettes et des primevères, des coucous. Après tout, le temps peut résulter du choix cosmologique de cette fête printanière, mais le vieux dicton : Noël au balcon, Pâques aux tisons contredit mes impressions enfantines. Pourquoi se souvient-on davantage des bons moments ?

    Aujourd’hui, nos vies sont moins dépendantes du calendrier religieux. Le premier mai, c’est la fête du Travail, des défilés syndicalistes. La seule suggestion d’autoriser l’ouverture des magasins de bouche ce jour-là a suscité des protestations susceptibles de lancer de graves perturbations sociales. Le gouvernement a reculé. Seules les boulangeries resteront ouvertes.

    À propos de fleurs. Il y a plus de dix ans, je ne sais plus qui m’a offert à l’atelier une toute petite plante. Ses deux feuilles veloutées et rondes servaient d’écrin à une fleur à cinq pétales d’un bleu intense ponctuée en son centre par une petite boule d’un jaune intense. Elle avait quelque chose d’émouvant dans son étrangeté. Je la pensais éphémère et je m’en préoccupai d’autant moins que je ne pouvais pas l’arroser aussi régulièrement que les géraniums de l’appartement.

    Je l’avais placée devant une vitre derrière le voilage. Elle survécut. Elle resta fleurie pendant plus d’une semaine, fabriqua une nouvelle feuille et refleurit quelques semaines plus tard. Trois, puis quatre fleurs, etc., tous les deux mois ou trois mois, après des floraisons de quelques semaines, elle se reposait un peu et repartait pour sa palette de bleu à petits points jaunes. Avant de nous installer à Tougin pour quatre mois, je l’ai confiée à David Azuz. Sans trop d’espoir, lui-même allant souvent sur la côte normande.

    En septembre, à ma grande surprise et je ne sus comment le remercier, lui et Bory, je l’ai retrouvée en pleine forme. Elle continua toute l’année à grandir et à fleurir, retourna chez David l’été suivant, toujours aussi alerte. Elle avait triplé de volume et je lui ai offert un pot plus vaste. En fait, il s’agissait d’une racine qui a fini par émerger de la terre derrière les feuilles. Elle trône maintenant dans le salon de l’appartement toujours plus belle et toujours tolérante à mes oublis. Je dois ajouter que Maria veille sur elle comme la prunelle de ses yeux.

    Il est probable que je l’ai déjà évoquée. Je crains parfois de me répéter.

    Mais cette plante qui refleurit sans cesse mérite d’y revenir. Elle me console lorsque mon pessimisme naturel gagne du terrain.

    C’est une délicate preuve de la force de la vie.


  • Guerre au Moyen-Orient, Marathon de Paris

    Un message de Sally depuis San Francisco : Je ne peux pas croire que Roger a disparu quand je continue à vivre. Quelle tristesse ! Ses enfants sont très présents et l’aident du mieux qu’ils peuvent.

    Pendant ce temps, la mort est en marche en Ukraine et dans le Moyen-Orient. Trump tient des propos d’une grossièreté insoutenable et bombarde l’Iran que les gardiens de la révolution ensanglantent, Israël après avoir anéanti la bande de Gaza pilonne le Liban, Poutine continue de revendiquer le contrôle de l’Ukraine, au prix d’un millier de morts par jour. Une litanie qui ne change pas et s’amplifie. Le monde semble ne plus croire à la paix, se faire à l’idée d’une guerre perpétuelle. Les idées vacillent.

    La fermeture du détroit d’Ormuz fait flamber le prix du pétrole en fonction des déclarations fracassantes et imprévisibles de Donald Trump. L’économie mondiale est à la peine. Les plus riches jouent au poker sur les variations de la bourse. On n’en sait pas vraiment les conséquences à moyen ou long terme sur la vie quotidienne de chacun d’entre nous et surtout sur les plus pauvres. Il en avait fallu beaucoup moins il y a quelques années pour voir les gilets jaunes protester sur les ronds-points pendant des semaines !

    Une lueur : ce même dimanche, les électeurs de Hongrie ont voté pour l’Europe, pour ses valeurs de paix, de solidarité, de respect des lois.

    Dimanche, soixante-mille participants ont parcouru les quarante-deux kilomètres du marathon de Paris. Après qui, après quoi courraient-ils ?

    Dans le métro, j’entendais un homme raconter à sa voisine qu’il avait suivi son fils à son premier marathon :

    – Il a été dans les six millième sur soixante mille. Il n’y a pas très longtemps qu’il s’y est mis. Nous l’avons encouragé et approvisionné durant le parcours. À l’inscription, on lui avait donné une puce et nous avons pu le localiser. On l’a retrouvé quatre fois. C’était dur, mais il n’avait pas l’air trop fatigué !

    Soixante-mille ! Hubert qui a fait celui de New York nous a dit que les grand marathons imposaient des conditions draconiennes : faire partie d’un club agréé, avoir une santé certifiée, sans compter les frais d’inscription, de voyage et d’hôtellerie. Ah ! Si toute cette énergie, tout cet argent pouvaient être utilisés pour la paix dans le monde. Certains disent que justement les marathons en sont un exemple. Il est certain que ses adeptes y prennent du plaisir et sont contents d’être ensemble, d’affronter leurs limites. Pour ma part, je suis mal à l’aise dans les mouvements de foule. Très orchestrés par nécessité, je crains de les voir débordés ou utilisés par des manipulateurs, ma liberté de mouvement s’y trouve en danger.

    Le printemps s’installe tout de même. Un rayon de soleil met en branle des familles, sorties d’on ne sait où, qui parlent toutes les langues, venues des cinq continents, elles déambulent avec bonheur sur les trottoirs en promenades interminables. Pour le moment, on ne voit guère de groupes de touristes chinois, japonais, mais davantage d’étudiants en voyages scolaires ou universitaires.

    Chaque lundi, je traverse le Pont Neuf et quelque soit le temps, je m’émerveille de la beauté de la Seine s’enfilant dans Paris, une ville légère, bien que lourde  d’histoire, vivante.  


  • Pâques. Sept ans de réflexion

    Samedi, Caroline est venue nous dire un petit bonjour entre Marseille et Saint-Valéry sur Somme où elle allait passer Pâques chez sa sœur Hélène.

    Dimanche, Pâques, un jour pour nous comme les autres, avec un petit air de printemps décidé à s’installer.

    Lundi, Julien, sa famille et le père de Laure, Dominique. Nous avons fait des filets de poulet aux morilles fraîches. Pas mal ! Le boucher de Gilles travaille directement avec une ferme et d’évidence les poulets avaient gambadé dans la nature ! Ils avaient apporté un gâteau au chocolat et au riz souflé. Fondant et délicieux !

    Dominique a évoqué ses années d’étudiant aux USA. Lui non plus n’avait pas voulu y rester, non à cause du travail, mais à cause du mode de vie US. Thomas prépare son voyage de classe en Chine. À son retour, il embarquera aussitôt avec sa mère pour Dublin où ils retrouveront Julien après son congrès. Il risque d’avoir des difficultés avec les changements horaires. Rien que de penser aux attentes dans les aéroports, ma tête se brouille. Chaque âge a ses plaisirs.

    On s’est quittés assez tôt, contents de la rencontre et pour les trois octogénaires bien décidés à continuer l’après-midi par une sieste tonique, laquelle pour ma part a duré plus de deux heures (!) Pendant ce temps Artémis 2, sorte de boite de conserve à hublots, grande comme un camping-car et ses quatre occupants continuaient leur vol autour de la lune. Une mission spatiale US destinée à préparer un atterrissage habité sur Mars, mais surtout en compétition avec la Chine pour installer une station sur la lune.

    Le matin, les Américains recherchaient deux pilotes éjectés de leur avion après une attaque de missile, de précieux otages éventuels pour les gardiens de la révolution, au risque de faire basculer le conflit. Ils avaient atterri dans un territoire montagneux avec leur matériel de survie. L’un d’eux était blessé. Par un tour de force entre renseignements de la CIA, fausses pistes destinées aux services secrets iraniens, Plan A raté, et plan B réussi, en tout deux-cent personnes et vingt hélicoptères sont parvenus à les tirer de là. L’ingéniosité des humains me stupéfie toujours. Ah si la jugeotte des conséquences de leurs actes pouvait suivre !

    En tous cas, hier soir, un discours amphigourique de Donald Trump pavoisait, menaçait du pire et insultait à gogo. La veille depuis le Vatican, le pape Léon XIV invitait au dialogue !

    Pour finir, le soir, nous avons regardé Marilyn Monroe dans Sept ans de réflexion. Un monument du cinéma des années 1950-60. Du temps où le cinéma américain régnait sur le monde avec ses westerns, ses péplums, ses comédies brillantes et ses stars. Avait-il vieilli ? Et Marilyn, la bombe sexuelle, restée une icône aujourd’hui encore, tenait-elle le coup ?

    On s’est un peu ennuyé au début avec la petite famille américaine new-yorkaise, humour un peu trop appuyé. Mais quand Marilyn est apparue, ce fut un choc. La bombe était restée intacte. 70 ans après ! Vingt zous ! Quand elle ouvre sa chemise parce qu’elle a trop chaud, la scène de la robe qui s’envole sur la bouche d’aération, son corps offert à la caméra avec une sincérité désarmante ! Presque émouvante si l’on oublie qu’elle cachait un sentiment de terrible solitude malgré la célébrité phénoménale qui a suivi.

    Je me souviens qu’étant adolescente, mes parents m’avaient demandé d’emmener mes petits frères au cinéma voir un film bien pensant, je ne me rappelle plus lequel. On s’était trompé de séance, on était tombés sur un film de Marilyn Monroe. Patrice qui devait avoir onze ans, s’était levé indigné et avait exigé qu’on quitte la salle. Devant l’esclandre inévitable, j’avais dû céder et on s’était retrouvé sur le trottoir. Je me souviens que Marc, 14 ans, était furieux, l’avait traité d’idiot et de pudibond ou quelque chose comme ça. Le plus jeune n’y comprenait rien. Et moi, je m’en suis souvenue toute ma vie avec amusement, surtout lorsque plus tard, j’ai vu Certains l’aiment chaud.


  • Œdipe–roi à Jussieu, De natura rerum au Lavoir moderne

    La quinzaine du festival des Dyonisies a beaucoup occupé Gilles. Je suis allée le voir jouer Tirésias dans Œdipe–roi, le deuxième samedi. J’avais déjà vu cette mise en scène cinq ans auparavant.

    Au mois de janvier, la voix de Gilles s’était mise à lui jouer des tours, s’enrouant parfois sans prévenir. Par miracle, il avait trouvé une charmante orthophoniste spécialisée et pendant deux mois, je l’ai entendu réciter des mots compliqués, travailler sa respiration. Mais sa voix était restée fragile. Pour ne rien arranger, il allait porter un masque instable dont la bouche devait impérativement coïncider avec la sienne. C’est donc avec inquiétude que je l’ai vu s’avancer sur la scène agrippé à un long bâton d’olivier, guidé par un jeune grec.

    Tout s’est bien passé. Il n’avait pas la sonorité d’Œdipe et de Créon, mais du fait qu’on comprenait les paroles, sa voix avait même quelque chose de frappant. Elle ajoutait avec une autorité intacte à l’horreur des événements que Tirésias annonçait à Œdipe, lequel ne voulait rien entendre. Je lui ai tout de même demandé à la sortie s’il avait craint pour sa voix :

    — J’étais surtout inquiet pour mon texte. J’ai moins de mémoire ! Et je ne voyais rien  derrière le masque.

    Ce qui convenait à son rôle de devin aveugle !

    Par la suite, toujours dans le cadre du festival, nous avons assisté à un spectacle autour d’Iphigénie en Tauride au Lavoir moderne. En fait de moderne, c’était le théâtre le plus délabré qui soit, par un effet volontaire comme celui de Peter Brook aux Bouffes du nord. Les fauteuils étaient heureusement confortables. En sortant, je n’ai pu m’empêcher de dire à Gilles :

    — Toutes ces histoires autour de cette famille, Clytemnestre, Electre, Oreste, etc., ça fait deux mille cinq cents ans qu’on nous les rabâche ! Pour ma part, j’en ai un peu assez !

    On a toujours l’impression de blasphémer quand on dit ce genre de choses !

    Le De natura rerum de Lucrèce a suivi dans le même théâtre, trois quarts d’heure plus tard. Traduction et lecture par Guillaume Boussard. Un enchantement ! Comment dire l’humanité, l’humour, la délicatesse issues de ses hexamètres, la simplicité et la musicalité, la générosité de sa voix ? Avant de revenir dans la salle, j’avais dit à Yann, le responsable de la culture de la Sorbonne :

    — C’est vraiment pour Guillaume que je reste !

    Sandrine, son épouse, m’avait suggéré :

    — Tu peux penser à autre chose, te laisser porter par la musique des mots.

    J’avais répondu :

    — Comme la musique indienne ?

    Elle avait hoché la tête avec un sourire. Et c’est un peu ce qui m’est arrivé.

    Le point commun des deux spectacles était la Piété, la relation aux dieux. Avec Lucrèce, Guillaume nous a ouvert des sujets, comme la mort, la peur, la souffrance, le bonheur et leur rapport avec l’inconnu. On se trouvait devant le mystère de l’existence, comme sur une vague immense et souple composée d’amitiés, de paysages accumulés à travers les âges, réunis dans une assemblée que l’auteur préférait ne pas nommer piété, préférant « la réalité des choses » aux religions.

    Cela fait un moment que je veux vous évoquer un ami, 73 ans, venu de Rouen à l’occasion des Dyonisies pour jouer des rôles importants dans trois pièces différentes, trois jours successifs. Un exploit ! Sa vie pourrait remplir des pages et des pages, une vie presque banale et cependant totalement hors norme. Il est resté dormir chez nous. J’y reviendrai aussitôt que possible.


  • Résultats des élections municipales. Monsieur Vallois.

    Dimanche soir, sitôt les résultats connus, Ève m’a envoyé un SMS amusé : Pas trop déçue de ne pas avoir Rachida Dati comme maire ?

    À Paris, on s’attendait à un virage à droite, la gauche a largement gagné. En fait, la ville est partagée entre la droite à l’ouest et la gauche à l’est. Or il se trouve que mon atelier est situé d’un côté et notre appartement de l’autre. Mon cœur est donc partagé entre des voisins, charmants et dynamiques qui ont voté massivement Rachida Dati et des voisins tout aussi charmants, plus âgés, mais tout de même dynamiques, qui ont voté Grégoire. Je ne vous dirai pas pour qui j’ai voté, à vous de décoder le message de ma fille…

    Je lui ai répondu : Bonjour les moustiques !

    À Grenoble, Alain Carignon n’est pas non plus passé. Laurence Ruffin, gauche écologiste, soutenue par le précédent maire écologiste l’a largement devancé. Or, depuis des années, l’herbe pousse entre les fentes de goudron, donnant à la ville un petit air de Tchernobyl, les moustiques tigres y ont rendu impraticables jardins et terrasses, (il est vrai ; comme beaucoup d‘autres villes de France, et Paris ne perd rien pour attendre)

    Différence notable entre nos deux villes : à Paris, les socialistes ne s’étaient pas alliés aux LFI…

    Tout de même, je m’étonne.

    Rachida Dati est mise en examen pour corruption et trafic d’influence. Le procès se déroulera du 16 au 28 septembre. Comment ne pas admirer son parcours d’enfant d’émigrés magrébins jusqu’aux postes de garde des sceaux et de ministre de la culture, son dynamisme, sa persévérance ? Tout de même, il lui a fallu pas mal de mensonges sur ses diplômes et son parcours pour en arriver là. Et puis, comment distinguer la vérité sur le travail effectif d’une personnalité aussi médiatique ?

    Quant à Carignon, il a été condamné à cinq ans de prison (dont 1 an avec sursis), suivis de cinq ans d’inéligibilité pour corruption et abus de biens sociaux. De nouveau condamné en 2004, et plus encore…

    Quand je repense à De Gaulle, dont la femme Yvonne payait ses timbres de sa poche.

    Ils ont certainement tous les deux de leur temps participé à des réformes utiles, mais on peut s’inquiéter d’une dérive à la Trump. Comment ont-ils pu avec de telles casseroles se présenter à un électorat et obtenir autant de suffrages ? 41, 52 voix pour l’une, 43, 41 % pour l’autre ?

    *

    Le printemps arrive.

    Bernard, 90 ans, m’a dit, du haut de sa montagne :

    — Comment ce fait-il ? Plus je vieillis, plus je m’émerveille devant les primevères, les perce-neige.

    Monsieur Vallois a fait un AVC. Il s’est réveillé un matin, ayant perdu la sensibilité de la main droite. Il est encore à l’Hôpital Rothschild, avec des permissions de week-end. Il en a pour six mois de rééducation. Comme c’est triste !

    Gilles est descendu le voir pour mettre au point les comptes de la copropriété. Il a toute sa tête, mais il ne peut plus écrire et ne sait plus faire les additions et les soustractions. À eux deux, ça marche.

    Sa femme n’aime pas Paris et habite à Forcalquier. Elle m’a dit :

    — Cette année, je ne verrai pas fleurir les jonquilles.


  • 1er tour des élections municipales, mode voile islamique

    Dimanche, premier tour des élections municipales. Nous avons inauguré le double vote, un bulletin pour la liste de notre arrondissement, Paris-Centre, l’autre pour la mairie centrale.

    Cette fois-ci se joue un éventuel basculement de la politique municipale vers la droite qui défend une sécurité améliorée et une meilleure propreté. De son côté, alliée aux écologistes, la gauche en place depuis 27 ans promet des logements sociaux et davantage d’espaces verts. On verra bien, les Parisiens par tradition n’aiment pas les extrémismes. Une bonne chose dans notre monde rongé par les fanatismes.

    Le matin, en rentrant des courses, Gilles m’avait évoqué une file d’attente sur le trottoir de la rue du Louvre. Il s’était étonné de sa longueur. Elle s’étirait sur plus de cent mètres, jusque dans la rue Coquillière. Il n’avait pas su me dire devant quel magasin. De quoi intriguer la badaude invétérée que je suis. Surtout quand il s’agit de femmes voilées. Sujet d’actualité en Iran et en Afghanistan ! En sortant du bureau de vote, nous avons fait un détour.

    Presqu’en face de la fondation Pinault, un cortège de femmes couvertes de voiles islamistes de la tête aux pieds attendait sur le trottoir. J’ai traîné Gilles un peu à son corps défendant devant le parvis.

    Je n’ai pas tout de suite reconnu la galerie d’art et ses pièces contemporaines toutes plus extravagantes les unes que les autres, toujours énormes, le plus souvent colorées. Les vitrages étaient occultés par de grands rideaux beiges. Devant l’un d’eux, deux mannequins trônaient, habillés de voiles et de longues robes, noire et beige clair. Avait-elle fermé ? Reconvertie en boutique éphémère comme on en voit de plus en plus ?

    J’ai sorti mon mobile. Je cherchais la fonction photo. Pour je ne sais quelle raison, les icônes changent tout le temps de place sur mon écran. La logique numérique n’est pas la mienne. J’allais cadrer la scène, lorsqu’une petite femme d’une cinquantaine d’années, un peu forte, s’est approchée de moi :

    — On ne filme pas, c’est interdit.

    Elle portait un voile sombre et épais sur un bonnet noir qui lui serrait la tête jusqu’à mi-front, très éloigné du foulard rejeté sur l’épaule des reportages en Iran. Une tunique prenait le relais, de la taille jusqu’aux pieds. Elle me fixait avec de grands yeux sans maquillage. Surprise, j’ai  répondu :

    — Je ne filme pas !

    — Si, je vous ai vue, me répondit-elle en montrant mon mobile.

    — Je cherche à prendre une photo.

    À ce moment, derrière nous, un groupe de touristes s’est étonné :

    — On ne se croirait pas en France.

    La femme a rétorqué :

    — On est en démocratie !

    Et devant mon étonnement et mon recul d’occidentale à l’égard de tenues jugées aliénantes, elle a justifié l’événement :

    — C’est un effet de mode !

    Je lui ai dit :

    — Soyons claires ! Nous sommes en démocratie, vous pouvez vous habiller comme vous voulez, mais ne me dites pas que vos vêtements sont un effet de mode !

    Elle me répondit après une seconde d’hésitation :

    — Moi, non, ce n’est pas un effet de mode.

    J’ai pris ma photo, tout en me demandant si je respectais le droit à l’image. Je me suis souvenue que j’avais déjà photographié des files devant des magasins éphémères. J’ai veillé, comme d’habitude, à ce que personne ne soit reconnaissable sur la photo qui accompagne cette chronique.

    Hier, en descendant la rue du Louvre, j’ai vu que le magasin avait ouvert d’autres vitrines avec d’autres vêtements islamiques. L’effet en était assez luxueux. Magasin permanent ?

    Étrange, en face de la fondation Pinault et de son art contemporain !… Deux mondes qui s’opposent ?