Julien et Thomas sont venus dimanche fêter l’anniversaire de Gilles avec un peu de retard. Ils m’avaient dit qu’ils allaient faire des crêpes, un rituel.
— Nous apporterons le nécessaire.
En fait, ils sont arrivés avec un sac de provisions. À peine le temps de mettre le couvert, ils avaient cuisiné et mis au four un fondant au chocolat, recette Marmiton. Et le temps de finir le poulet, le gâteau était cuit, délicieux, à cœur. Leur dynamisme faisait plaisir à voir !
Nous avons parlé de la vie de lycéen de Thomas. Sujet inépuisable. Il a raconté ses amis, ses projets avec son humour habituel. Il a l’intention de revenir passer une semaine à Tougin avec Gaël. On a évoqué leurs épopées de l’été dernier.
Après le repas, café et délicieux chocolats. Nous avons parlé des sujets de français proposés pour le bac : Colette, La Boétie, Chateaubriand, Apollinaire, etc. J’ai aimé l’entendre dire à 15 ans :
— Nous étudions un poème de Rimbaud tiré des Cahiers de Douai. Il avait 16 ans !
J’ai aimé l’entendre citer la première phrase de L’étranger de Camus :
— Aujourd’hui, maman est morte. Ou peut-être hier, je ne sais pas.
Et commenter l’absence d’émotions de Meursault.
Nous rencontrons surtout des retraités. Quelques jours auparavant, nous avions été voir avec mon cousin Philippe (qui nous prend des places avec constance, merci !) une pièce de boulevard au théâtre de Paris : un couple à l’instant de vérité. Très bien jouée ! Mais d’un intérêt discutable pour qui ne croyait guère aux prouesses sexuelles du mari ni à la couleur flamboyante des cheveux de son épouse. La salle n’était pas non plus de première jeunesse. On pouvait s’étonner de les entendre rire. Rétrospectivement ?
Encore un peu auparavant, nous étions allés au centre Cerise assister à un spectacle d’amateurs sur Tchékhov auquel participait Marie de la troupe. Acteurs et public, la moyenne d’âge tournait autour de la soixantaine passée. Vif et intéressant, mais bien éloigné de la gouaille et la liberté des moins de vingt ans.
J’avais été la veille voir mon frère Yves au centre de rééducation des Buttes Chaumont où il se refait une santé. Par un étonnant hasard, il avait pour voisine de chambre une amie, Martine Ledieu, une amie de nos frères aînés durant notre enfance à Pontoise. Devenue par mariage la belle-sœur de mon frère Pierre et par un autre mariage, la cousine de mon frère André. Encore jolie, ce n’était plus la jeune fille vive et ravissante que nous avions connue ! Ainsi va la vie !
Et justement, le lendemain, nous avons appris le décès d’André. Sa fille Virginie nous a téléphoné pour nous annoncer qu’il s’était éteint paisiblement. Nous le savions au plus mal depuis une semaine. À quatre-vingt-dix-sept ans, au bout du rouleau, il désirait en finir, ce qui ne l’a pas empêché de s’accrocher à la vie jusqu’à son dernier souffle, surprenant même le service hospitalier. Le grand âge amortit la peine de ceux qui restent, mais c’est encore un pan de nos vies qui disparaît.
André, mon grand frère, adolescent bricoleur, régateur acharné sous les yeux de la petite fille que j’étais, jeune marié, devenu breton bretonnant, grand-père toujours occupé, arrière-grand-père d’une grande famille… Comment est-ce possible ?
Est-ce ainsi que les hommes vivent ? Et nos baisers au loin les suivent…
À notre âge, nous allons plus souvent aux enterrements qu’aux mariages. Autour de nous, ces temps-ci, la mort fait son travail avec un peu trop de constance. Surtout quand on sait qu’elle nous attend au tournant !
Nous irons à Nantes par le train, mardi. Obsèques de traditionalistes. Encore toute une histoire !
J’éviterai ensuite de m’attarder sur ce genre de cérémonie. C’est intéressant, mais je n’ai pas l’intention d’en devenir une spécialiste ! Je préfère laisser ce soin à d’autres.
