Rouge-gorges

À la suite de la canicule, des trombes d’eau sont tombées dans le Var et en Franche-Comté. Nous n’avons eu que de grosses draches venteuses, sans conséquences. Le soleil, désormais clément, nous accueille à chaque réveil. 9h, baignades vivifiantes, retour vers 10 heures, matinée de travail.

Gilles a des ennuis avec son programme de grec, attaqué par des hackers (on se demande ce qui leur passe par la tête !). Il essaie de sauver ce qu’il peut.

Caroline et Jean-Michel sont venus le week-end à Tougin, suivis de leur fille Camille et de son ami Luc (en vélo). Nous nous sommes retrouvés comme chaque année pour une bonne soirée autour de la table avec Agnès (ma nièce devenue suisse) et son ami (suisse) Raoul. Caroline avait cuisiné un gigantesque gratin de ravioles à la mozzarella et au basilic (du jardin de Jacqueline et Marcel). Tout a été englouti.

Jean-Michel s’était cassé la malléole du péroné, la veille de leur départ pour un périple de deux mois à travers l’Europe. Ils devaient terminer à Oslo où la chorale de Caroline allait donner un concert. Elle s’y rendra cette semaine en avion.

L’événement du début de la semaine a été la mort d’un oiseau, un rouge-gorge.

En rentrant de la baignade, nous l’avons trouvé ventre en l’air contre le mur de l’entrée. Magnifique, gorge rouge-orange, corps d’un blanc immaculé, pattes et yeux d’un noir brillant, en bonne santé !

Je me suis souvenu d’un article le décrivant comme le plus agressif de tous les passereaux, la terreur des jardins. Il pouvait avoir rencontré plus fort que lui, des rapaces chassent parfois les corneilles des arbres du square, mais on ne distinguait sur son corps aucune trace de blessures, aucune plume endommagée, pas de duvet ébouriffé. Que lui était-il donc arrivé ?

J’ai mis du temps à comprendre. Il fallait revenir quelques années auparavant.

Cet été là, Julien nous avait offert justement un rouge-gorge en bois provenant d’une réserve ornithologique du centre de la France. De taille réelle, il était si joli que je l’avais placé sur le bord de la fenêtre de la cuisine comme une continuité de la vie du jardin. La tête vers l’extérieur, comme prêt à s’envoler, il avait l’air vivant

Par la suite, j’ai bien remarqué que quelques oiseaux du jardin s’y trompaient. On les voyait se précipiter dans la cuisine, faire de brusques volte-face et s’échapper comme s’ils étaient poursuivis par le diable. Un manège qui nous amusait.

Je me suis aussi rappelé que parfois, quand la fenêtre était fermée, ils venaient se cogner contre la vitre y laissant un peu de duvet resté collé. Rien de bien méchant. Mais tout de même, je me suis rappelé un article d’ornithologue soutenant que les humains ne comprendraient rien aux oiseaux, tant qu’ils ignoreraient combien leur vie était difficile. L’énergie nécessaire pour voler, les batailles dans le ciel contre leurs semblables, contre les chasseurs, la menace des chats au sol.

Pourtant quand je voyais les moineaux jouer dans la vigne vierge, se disputer, se courir après, je n’avais pas cette impression.

Mais cette semaine, il a fallu que je me rende à l’évidence. Pendant notre baignade, pour défendre son territoire le rouge gorge en chair et en os s’était attaqué à l’oiseau en bois et s’était assommé contre la vitre. Il avait volé jusqu’au mur avant de mourir. À notre retour, nous avions rouvert la fenêtre sans rien remarquer.

L’oiseau en bois avait tué l’oiseau en chair et en os.

Je l’ai posé dans le jardin, seules les mouches se sont intéressées à lui et Gilles m’a dit :

– Les chats les chassent et les mangent vivants, pas morts.