
Henriette et Lionel sont rentrés de SaasFee où ils ont pu savourer la fraîcheur en altitude (1800 m) durant la canicule. Nous avons eu le plaisir de déjeuner ensemble au tennis club de Carouges, à côté de Genève (un succulent akkiri, un nom comme ça, de bœuf, de l’espadon pour Gilles…, merci Henriette). Nous avons évoqué les uns et les autres nos activités, et le futur anniversaire de Lionel, 90 ans. On s’apprête à le fêter dans la cathédrale Saint-Pierre de Genève. Quatre organistes venus de loin joueront ses œuvres durant deux jours, et si j’ai bien compris, les concerts seront accompagnés de réceptions.
Lionel m’épate par son immense talent, bien sûr, mais aussi par sa forme physique. Après le repas, il se rendait au Creux de Gentod pour une après-midi d’expérience instrumentale, orgue et onde Martenot. Aussitôt le dessert avalé, il a appelé un taxi et malgré des problèmes de vue, il a couru d’un pas alerte vers la sortie comme s’il était déjà là-bas. Il vient de composer des lieds en allemand pour Henriette. Et pendant leur séjour à la montagne, il s’est amusé à composer quantité de grilles de mots croisés (il m’en a envoyé quelques-unes). Comme dit Henriette, « diable d’homme ».
Après son départ, nous sommes restés attablés encore une bonne heure à parler de nos enfants et petits-enfants. Henriette en a un certain nombre, ils font des métiers intéressants. J’ai déjà parlé de Flavie. Elle revient d’Albanie où elle a travaillé dans le staff de la diplomatie helvétique. Sa formation : Science Po Paris après l’École hôtelière de Lausanne. Pierre, un autre petit-fils s’initie à la peinture murale, deux autres petites-filles sont médecins. Nous sommes rentrés à la voiture à petits pas, conscients de notre chance, de cette amitié qui a résisté au passage du temps. Carpe diem. Savourons nos vieux jours, pendant qu’il est encore temps.
Dimanche, Gilles me propose d’aller faire un tour en voiture. Nous nous sommes dirigés vers Divonne avec le vague espoir de faire le tour du petit lac que nous avons déserté depuis qu’il a été envahi par les herbes et sa plage réduite.
Nous n’avons pas reconnu l’esplanade. Des tentes d’exposition, blanches à toit pointu se succédaient sur le parking au point que nous ne savions plus où se trouvait le lac, ce qui était un peu angoissant. Un « événement » se terminait. Nous avons garé la voiture au milieu d’un grand nombre de voitures de course et dans un vacarme de circuit nous avons rejoint la foule qui se pressait le long des tentes.
— Bonjour ! ai-je dit à un jeune homme dans un stand. Nous débarquons, qu’est-ce qu’il se passe ?
On entendait pétarader tout autour du lac.
— Vraiment, vous ne savez pas ?
Nous nous sommes excusés.
— C’est le Carburacoeur de cette année.
— …
— Un événement caritatif au profit des enfants atteints de cancer. À cette occasion tous les enfants qui en ont fait la demande, peuvent faire gratuitement le tour du lac dans un bolide, dans la voiture des plus grands et même être photographié avec eux, expliqua-t-il.
Nous l’avons remercié et nous avons continué vers la zone de départ qui se trouvait près de l’entrée de la plage. Non loin, un immense écran de 10 mètres sur cinq se dressait sur un énorme camion noir. On entendait la sono :
— Dépéchez-vous ! Encore quelques départs et c’est fini.
En effet, on a vu quelques bolides les uns derrière les autres, mais plus d’enfants, des hommes comme passagers. Dans la foule on voyait beaucoup de petits garçon, vêtus comme leurs pères, de teeshirts noirs avec logo de marques de luxe. On sentait que tous vivaient l’instant avec ferveur. On sentait aussi une forte odeur de gaz d’échappement. Le bruit des moteurs qui de temps en temps émettaient des claquements secs m’ont rappelé les voitures d’autrefois.
La foule était très majoritairement masculine. J’ai été étonnée de ne voir que peu de tatouages.
Quand nous avons regagné la voiture, nous avons vu des petites filles sauter dans des structures gonflables. Tout semblait avoir été parfaitement organisé. Il est vrai que les stands arboraient des marques, comme Ferrari et Maserati.
En rentrant, j’ai ouvert internet.
25 000 participants, 394 baptêmes payants, 84 véhicules, 250 000 euros de bénéfice reversés à des associations.
Oui, les bolides de couleur vive étaient magnifiques, les participants enthousiastes, mais je m’en suis sentie un peu étrangère, comme devant le foot. Les femmes, elles, ont tendance à se réunir en grand nombre autour des vedettes de la chanson comme Céline Dion.
En rentrant dans la voiture j’ai pensé que les poissons et les oiseaux de ce lac d’habitude si tranquille, mettraient quelque temps à s’en remettre.
