Canicule, sécheresse

Une quatrième canicule a démarré avec son cortège d’incendies, d’hospitalisations. On limite au maximum les déplacements.

Autour de nous, un constat s’impose, comme durant le confinement, une rupture de société apparaît. Chacun se replie sur lui-même, sur ses problèmes, se débrouille comme il peut. Certains en ont les moyens ou l’énergie, mais comme après le Covid, il est probable qu’on va découvrir de lourds dégâts psychologiques. Comment font les familles avec des enfants dans les immeubles construits dans les années 70 ?

Heureusement le soleil se couchant plus tôt, la chaleur décroit plus vite qu’en juin.

A Tougin, pourtant en zone orange, ça va. Les nuits à 19-20 degrés rafraîchissent la maison, volets et velux ouverts. Nous prenons nos repas dehors dans la petite brise qui agite les arbres. Mais la température grimpe tout de même à 32 degrés l’après-midi. La sieste est de rigueur.

On nous dit qu’il va falloir s’habituer. Espérons que cet été sera une exception. Je me souviens qu’en 1976 il n’était pas tombé une seule goutte d’avril à novembre, pas même une averse d’orage. La sécheresse avait anéanti les récoltes et d’innombrables arbres étaient morts laissant durant des années les forêts et les bois dévastés.

L’impasse est déserte. Nous n’avons pas repris les conversations de jardin à jardin, impossible de rester au soleil. Et le soir on récupère. Les habitants ne sont pas partis en vacances estimant qu’ils ne trouveraient pas mieux ailleurs.

Sacha aboie plus que jamais. Il est enfermé seul dans la maison pendant qu’Emmanuelle travaille. Et quand elle revient, il aboie plus encore, car elle n’a pas le courage de le promener. L’impasse s’en ressent, la cordialité n’est pas de mise. Françoise qui se lève à trois heures du matin n’arrive pas à dormir. Philippe son mari atteint d’une maladie dégénérative n’en peut plus.

Avant le retour de la chaleur, nous avons cueilli des petits bonheurs comme de retrouver nos amies genevoises, Laurette et Ariane. Ariane, cette année, ne s’est pas installée dans la petite maison du bord de l’eau. Il y faisait trop chaud. Après un bain à Mies, nous avons dégusté des filets de perches sur la terrasse du restaurant du port. Il faisait bon, le lac frissonnait sous la bise et nous avons demandé des nouvelles de chacun. Laurette qui a perdu son mari, notre ami Alain, durant l’hiver montre une rare volonté d’avancer. Ariane est encore fatiguée de s’être occupée de ses deux sœurs Brigitte et Claudine, toutes les deux immobilisées à Genève au printemps.

Par ailleurs, nous avons eu la surprise d’apprendre que Florence n’était pas partie dans sa maison de Normandie. Probablement à cause de la chaleur, elle s’est réveillée un matin paralysée des membres inférieurs. Après des passages en Suisse à l’hôpital de La Tour, puis au Cantonal, elle a du faire un long séjour de rééducation dans un centre de réadaptation au-dessus de Nyon, à Bois-Bougy. Cette clinique a été construite sur le domaine d’une maison de repos qui a accueilli et accueille toujours des célébrités du monde entier avec une vue superbe sur le Léman et les Alpes. Elle était rentrée de l’avant-veille.

Elle est sortie de sa voiture crispée sur sa canne. Nous avons déjeuné à l’intérieur, fenêtres ouvertes, du fait d’une petite pluie qui n’a pas duré. Là encore elle nous a raconté son périple acrobatique et les aléas du diagnostic, une maladie peu courante et invalidante. Elle aussi montre une détermination résolue de conserver son indépendance.

Le courage et le dynamisme sont le point commun de beaucoup de nos amis. Chapeau bas !

Pour notre part, pour le moment ça va. Et je dois dire même que nous savourons nos journées de travail entrecoupées de ménage et de cuisine. Comme on est bien chez soi ! Cinquante ans d’amélioration de la maison, ça finit par avoir des avantages.

Depuis deux ou trois jours, nous renouons avec l’impasse. Angiane et Antoine ont passé une semaine au festival d’Avignon avec leurs deux filles, 6 et 8 ans. Depuis, les petites écrivent, mettent en scène et jouent des petits textes de leur invention.

Quel plaisir de voir des enfants ! Nombreux autrefois à Tougin, ils sont devenus rares. Hier, je m’émerveillais de voir Hugo, 2 ans, le petit-fils de Denis et Jacqueline, bien planté sur ses jambes, s’intéresser à tout bien planté sur ses jambes.