La Comète. Le tour de France féminin

Cette semaine par un temps de rêve, nous avons traversé le lac depuis Nyon jusqu’à Nernier, le village de mon enfance, où nous avons retrouvé Jean-Marc et Sophie qui venaient de Thonon.

Déjeuner à la Comète. Ce restaurant a la particularité de servir toujours le même menu autour de son fameux gratin dauphinois. Saucisson chaud mariné dans du vin suivi de quatre sortes de viandes admirablement cuites et cristouillées, cailles, canard, côtes d’agneau ou rôti de veau, vacherin maison en dessert. Connu de toute la région, en particulier du canton de Vaud et de la Suisse voisine, il faut réserver. À l’ombre des grands arbres qui bruissaient dans la petite bise du lac, nous avons savouré la cuisine de Brigitte. Elle tient son savoir-faire de trois ou quatre générations successives.

Nous avons laissé Gilles prendre les dernières cailles, trop de travail ! Elles lui ont rappelé les bécasses que son père ramenait de la chasse et que Gilberte rôtissait à la seconde près. Et moi je me suis amusée à retrouver le geste de mon beau-père me tendant la petite patte grillée entre le pouce et l’index. Un rituel ! À l’époque je lui disais ma réticence à trouver dans mon assiette le joli oiseau qui sautillait dans les bois quelques jours auparavant. Il faut reconnaître qu’il était consommé avec tous les honneurs dus à son agilité et à sa saveur.

Le café chez Vincent sur sa terrasse au bord du lac. Il réalise des documentaires pour la télévision, il m’a montré sa table de montage et je me suis dit qu’il y fallait un sacré esprit de synthèse et beaucoup de mémoire. Le genre de chose dont je suis incapable ! Son amie Natacha nous a quittés pour un rendez-vous en ligne avec Mogadiscio. On n’a pas très bien compris quel était son métier, quelque chose comme médiatrice dans les pays en guerre. Du lourd, pour une femme aussi petite et fine. Elle avait autrefois habité à Tougin, à quelques centaines de mètres de chez nous, chez Francis Blanchard alors président du BIT. Elle en avait gardé un très bon souvenir.

Nous sommes allés voir les nouveaux Vegetti achetés récemment par la mairie. Jean-Marc est un fervent collectionneur de ce peintre, un personnage important de ma jeunesse. Ils étaient beaux, mais celui des Maisons dans l’eau reste un chef-d’œuvre.

— Je ne comprends pas qu’il soit aussi peu connu, a dit Gilles. 

Depuis le débarcadère, nous avons fait signe au bateau. Il est arrivé qu’il ne s’arrête pas et fasse un rond dans l’eau pour revenir nous prendre. Des jeunes garçons plongeaient depuis les piquets. Ils travaillaient des sauts périlleux arrière et je dois avouer qu’ils étaient plus forts que nous au même âge. Je ne suis pas certaine que mes frères, aujourd’hui chenus, voudraient le reconnaître !

Ce lundi nous n’avons pas pu aller nous baigner à la plage de Mies. Les routes étaient fermées pour cause de tour de France féminin.

Gilles acherché une diffusion en direct. Rien de rien ! L’étape traversait le pays de Gex et montait la Faucille. Le comité n’avait pas jugé bon de fermer la nationale, elle passait par des petites routes et beaucoup de dos d’âne. À la télévision, le sujet était introduit par la chanson d’Yves Montand :

Quand on partait de bon matin
Quand on partait sur les chemins
À bicyclette
Nous étions quelques bons copains
Y avait Fernand, y avait Firmin
Y avait Francis et Sébastien
Et puis Paulette

On était tous amoureux d’elle
On se sentait pousser des ailes
À bicyclette

Associer les difficultés et les souffrances incroyables endurées durant cette compétition sportive à cette bleuette a commencé par m’indigner.

Mais ce matin, je trouve la suite du texte sur internet :

On était tous amoureux d’elle
On se sentait pousser des ailes
À bicyclette

Sur les petits chemins de terre
On a souvent vécu l’enfer
Pour ne pas mettre pied à terre
Devant Paulette

Faut dire qu’elle y mettait du cœur
C’était la fille du facteur
À bicyclette


Et depuis qu’elle avait huit ans
Elle avait fait en le suivant
Tous les chemins environnants
À bicyclette

…

Tout de même un hommage,… du bout du cœur !

En fait, je ne comprends pas très bien la volonté des femmes de copier les hommes. Nous ne sommes pas fabriqués pareils et je crains pour elles des conséquences physiques inconnues d’eux. Gilles m’a dit qu’à sa connaissance une femme avait courru enceinte.

En plus et c’est une autre affaire, je me demande pourquoi les êtres humains se croient obligés de pousser aussi loin leurs performances. Je pense à tous les morts sur le chemin de l’Everest.