Canicule. Nouveaux voisins.

Canicule, considérée comme exceptionnelle en mai. 34 degrés à Paris.

Nous prenons nos précautions plus tôt dans la saison que d’habitude. On se calfeutre le jour, fenêtres grandes ouvertes la nuit. Le ventilateur tourne à côté de mon ordinateur.

Je pense à nos nouveaux voisins.

Ils ont emménagé juste avant la chaleur dans l’appartement du dessus, un loft qui a remplacé il y a plusieurs dizaines d’années les chambres de bonnes sous les toits. Une assez vaste surface éclairée par de grands vélux avec vue sur Montmartre et le Sacré-Cœur. Pour fêter leur arrivée, ils ont réuni une dizaine d’amis et mis de la musique. Nous avons l’habitude ! Cet appartement attire des jeunes bien décidés à s’amuser. Les maintenir dans des limites raisonnables n’est pas toujours facile, mais j’ai ma technique.

Tout de même, vers trois heures du matin, j’ai passé une robe de chambre, enfilé des pantoufles et les cheveux en bataille, le visage enfariné j’ai sonné à la porte.

Un jeune homme d’une petite trentaine d’années m’a ouvert, taille moyenne, cheveux châtain clair, un peu dressés sur la tête, petite barbe comme c’est la mode aujourd’hui. J’ai juste dit, sans agressivité :

— Ce n’est pas possible !

Il a paru surpris :

— Excusez-nous ! Je ne savais pas, je croyais qu’il n’y avait que des bureaux dans ce quartier.

— C’est un immeuble d’habitation. Nous sommes en général courtois, attentifs entre voisins. Vous auriez peut-être pu poser une affichette dans l’ascenseur pour votre soirée.

Il a paru surpris.

— Ne vous inquiétez pas, cela ne se reproduira pas !

Il n’était pas le premier à faire ce genre de promesse. On s’est présenté, Lewis, Martine.

— N’hésitez pas à monter en cas de besoin, me dit-il. Alors que je retournai vers l’escalier, il me désigna l’interrupteur du palier comme si j’avais cent ans.

Le lendemain après-midi, sonnette. Il s’encadre dans la porte, chemise blanche ouverte et sourire aux lèvres. Il est accompagné d’une Asiatique plus grande que lui, cheveux jusqu’à la taille. Il porte un énorme bouquet dans les mains :

— C’est pour me faire pardonner. Je vous présente ma compagne.

Elle sourit, il cite un nom imprononçable :

— Elle est coréenne et ne parle pas français !

Je remercie, je prends le bouquet, on leur dit d’entrer. Nantie d’une certaine expérience, je leur demande ce qu’ils font dans la vie. La réponse fuse, rien d’inhabituel, du moins pour nous depuis que le quartier change :

— Je suis producteur de musique et ma compagne travaille dans l’événementiel de la mode !

Sourires de part et d’autre, il me tend une enveloppe :

— Nos noms et mon numéro de téléphone. N’hésitez surtout pas à appeler.

Il semble bien élevé, la Coréenne est impassible. Souvent nos problèmes viennent des conjoints.

Sitôt qu’ils sont partis, je mets le bouquet dans un vase. Je coupe les tiges. Il est superbe, un subtil agencement de pivoines, d’œillets et de roses, mais surtout il répand une odeur particulière, un parfum manifestement très étudié. Pas de nom de fleuriste, juste surgi d’un papier kraft. Il répand aussi un parfum de mystère. D’où vient-il ?

Ce bouquet m’enchante. Il résiste à la canicule qui commence à se faire sentir.

Le soir qui suit, il fait chaud. Les velux du dessus sont ouverts. On n’entend pas de musique, mais des conversations. Comme hier, anglais, traductions variées, peut-être une réunion de travail. Les vélux font office de réflecteurs des sons.

Et ça dure ! Comme à chaque fois, on se demande comment obtenir un peu de tranquillité, d’autant plus que les pas de la Coréenne sur le carrelage se révèlent assez dominateurs. Autour de nous, plusieurs de nos amis, de nos proches ont épousé des Asiatiques. Elle savent ce qu’elles veulent !

Mon bouquet perd un peu de sa saveur ! A minuit tout le monde est parti.

La canicule continue. Hier soir, je n’étais pas là, quand je suis rentrée, le silence régnait. J’ai dit à Gilles :

— Ils n’ont pas fait de bruit ?

— Non, ils semblent avoir réglé leur sono, mais ça s’est tout de suite arrêté !

Aujourd’hui, mon bouquet bat de l’aile, mais il a tout de même de beaux restes.

Je vous parlerai plus tard de l’installation d’une caverne sur le Pont-Neuf. Impressionnant !