
Dimanche soir, sitôt les résultats connus, Ève m’a envoyé un SMS amusé : Pas trop déçue de ne pas avoir Rachida Dati comme maire ?
À Paris, on s’attendait à un virage à droite, la gauche a largement gagné. En fait, la ville est partagée entre la droite à l’ouest et la gauche à l’est. Or il se trouve que mon atelier est situé d’un côté et notre appartement de l’autre. Mon cœur est donc partagé entre des voisins, charmants et dynamiques qui ont voté massivement Rachida Dati et des voisins tout aussi charmants, plus âgés, mais tout de même dynamiques, qui ont voté Grégoire. Je ne vous dirai pas pour qui j’ai voté, à vous de décoder le message de ma fille…
Je lui ai répondu : Bonjour les moustiques !
À Grenoble, Alain Carignon n’est pas non plus passé. Laurence Ruffin, gauche écologiste, soutenue par le précédent maire écologiste l’a largement devancé. Or, depuis des années, l’herbe pousse entre les fentes de goudron, donnant à la ville un petit air de Tchernobyl, les moustiques tigres y ont rendu impraticables jardins et terrasses, (il est vrai ; comme beaucoup d‘autres villes de France, et Paris ne perd rien pour attendre)
Différence notable entre nos deux villes : à Paris, les socialistes ne s’étaient pas alliés aux LFI…
Tout de même, je m’étonne.
Rachida Dati est mise en examen pour corruption et trafic d’influence. Le procès se déroulera du 16 au 28 septembre. Comment ne pas admirer son parcours d’enfant d’émigrés magrébins jusqu’aux postes de garde des sceaux et de ministre de la culture, son dynamisme, sa persévérance ? Tout de même, il lui a fallu pas mal de mensonges sur ses diplômes et son parcours pour en arriver là. Et puis, comment distinguer la vérité sur le travail effectif d’une personnalité aussi médiatique ?
Quant à Carignon, il a été condamné à cinq ans de prison (dont 1 an avec sursis), suivis de cinq ans d’inéligibilité pour corruption et abus de biens sociaux. De nouveau condamné en 2004, et plus encore…
Quand je repense à De Gaulle, dont la femme Yvonne payait ses timbres de sa poche.
Ils ont certainement tous les deux de leur temps participé à des réformes utiles, mais on peut s’inquiéter d’une dérive à la Trump. Comment ont-ils pu avec de telles casseroles se présenter à un électorat et obtenir autant de suffrages ? 41, 52 voix pour l’une, 43, 41 % pour l’autre ?
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Le printemps arrive.
Bernard, 90 ans, m’a dit, du haut de sa montagne :
— Comment ce fait-il ? Plus je vieillis, plus je m’émerveille devant les primevères, les perce-neige.
Monsieur Vallois a fait un AVC. Il s’est réveillé un matin, ayant perdu la sensibilité de la main droite. Il est encore à l’Hôpital Rothschild, avec des permissions de week-end. Il en a pour six mois de rééducation. Comme c’est triste !
Gilles est descendu le voir pour mettre au point les comptes de la copropriété. Il a toute sa tête, mais il ne peut plus écrire et ne sait plus faire les additions et les soustractions. À eux deux, ça marche.
Sa femme n’aime pas Paris et habite à Forcalquier. Elle m’a dit :
— Cette année, je ne verrai pas fleurir les jonquilles.
