
Oui, Roger, tu restes vivant dans nos souvenirs, dans nos actions. Les États-Unis ne se résument pas à Donald Trump, à sa clique, au goût de l’argent et à l’envoi de bombes. Pour ceux qui t’ont connu, tu représentes l’espoir. Merci pour cette amitié que tu nous as offerte avec fidélité, pour l’amour dont tu entourais ta famille, pour ton optimisme et tes recherches scientifiques, tes travaux dans ta maison, dans celles de tes enfants, pour tes bidouillages incessants et ton humour… Oui, tu restes vivant en nous.
Sally, nous pensons à toi. Te souviens-tu des bons moments passés ensemble, à Paris, à Prégnin, à Fairfax, à Glasgow, à Saint Julien, à San Francisco… ? Nous t’attendons, le printemps arrive. Vous nous avez toujours impressionnés par votre capacité à affronter l’adversité. Nous en faisions une qualité U.S. éloignée de nos jérémiades françaises.
Nous pensons à vos enfants et petits-enfants, grandis dans la liberté, tous originaux et dynamiques. Michaël, Emma et ses livres pour enfants, les jumeaux et leurs incroyables aventures écolos dans le Pacifique et sur les collines de Californie. Les petits-enfants étudiants.
Nous pensons à Barbara, ta sœur, souvent citée dans ces lignes. Elle a pu venir de Ferrare à temps. À croire que tu l’avais attendue pour partir. Ta disparition est un arrache-cœur pour elle, pour sa fille Tonia. Mais je suis certaine qu’ils vont tous se serrer les coudes.
Je me souviens d’une soirée à Paris avec, elle, Tim et Xiao Li. Ces deux derniers exprimaient des propos assez amers sur leurs pays d’origine, U.S et chinoise. Tim avait demandé son avis à Barbara et elle avait simplement répondu sur un ton un peu gêné :
– Moi, je viens d’une famille qui s’aime.
La guerre sévit au Moyen-Orient. Les Etats-Unis et Israël pilonnent les infrastructures iraniennes. Israël détruit systématiquement le sud Liban comme Gaza sud. L’Iran riposte en bombardant Israël, Dubaï, les états du golfe Persique. Le détroit d’Ormuz est bloqué par l’Iran entraînant une pénurie mondiale de pétrole. Une crise économique et financière est en cours. Le pétrole a augmenté de plus de 30 %.
Le fils de l’ayatollah tué sous les bombardements américains a été élu comme nouveau « Guide de la révolution ». Moins fanatique religieux que son père, mais ayant accumulé une fortune comme dirigeant des gardiens de la Révolution, il est également étranger à toute humanité, plus sanguinaire encore, si c’est possible. Il a déjà prévenu qu’il ne cédera pas.
Et ce matin, Donald Trump annonce sur un ton guilleret que la guerre est « quasiment finie ».
Comme toujours, on se demande si c’est du lard ou du cochon. Il est vrai que la fortune du nouveau Guide suprême est essentiellement dépendante de l’Occident et qu’en ces domaines Trump s’y connaît !
Pendant ce temps, le semi-marathon de Paris a réuni dimanche 50 000 participants dans l’allégresse générale. Hubert un ami de Gilles était venu dîner et coucher chez nous avant sa répétition du rôle du messager dans Les Perses pour le festival des Dyonisies. Il avait autrefois fait le marathon de New York, 150 000 participants. Il nous a raconté les coulisses de ce genre de courses, le programme, le circuit, le coût pour les participants, l’hôtellerie. En matière d’organisation que ce soit de la guerre ou des festivités, les humains sont très forts !
Je n’ai pu m’empêcher de leur évoquer mon trajet de retour en métro. Le wagon était bourré de touristes. Ils sont encombrants avec leurs valises et leurs indécisions. Ce dimanche, devant moi, un couple de vingt ans patientait, serrés l’un contre l’autre. La jeune fille plutôt petite, un peu rousse, cheveux frisés coulant jusqu’à la taille, visage semé de taches de rousseur, lèvres rondes, taille fine serrée dans un tee-shirt, se tenait droite sur des jambes qu’on devinait solides sous le large pantalon qui s’évasait depuis la taille. Elle levait la tête pour parler à son compagnon. Lui aussi en tee-shirt printanier, mince, plutôt grand, se penchait vers elle avec naturel. Cheveux courts, ses lunettes lui donnaient un air sage. Il lui répondait avec sérénité pendant que de ses longs bras, de ses mains, il caressait doucement le dos et les hanches de son amie. Il s’en dégageait une jeunesse harmonieuse, rare et solide.
Ils sont descendus comme moi à Richelieu-Drouot. Ils ont fendu la foule avec souplesse, me traçant le chemin. Je les vus s’éloigner sur le quai, l’un à côté de l’autre, confiants.
Le genre de rencontre qui vous remet le cœur en place.
